
Robert W. Kinzie
Président et Président-Directeur général, Iridium
Il y a près de cinquante ans, le célèbre chercheur et écrivain britannique Arthur C. Clarke a posé une question capitale: des stations installées à bord de fusées pourraientelles assurer une couverture radioélectrique mondiale? Cette question a trouvé une réponse: les télécommunications par satellite, suivies d'une révolution des télécommunications mondiales. Alors que nous allons changer de millénaire, l'avènement des services mobiles par satellite va une fois de plus transformer notre manière de communiquer.
Le concept des services mobiles par satellite n'est pas nouveau. Il y a des années que navires, avions et camions font appel aux satellites géostationnaires pour ce type de services. Mais ils seront bientôt à la disposition de quiconque utilise un téléphone portable sans fil, grâce à des satellites en orbite terrestre basse. N'importe quel type d'appel téléphonique (téléphonie, messagerie, télécopie ou données) pourra atteindre sa destination partout sur la planète via des réseaux de communications personnelles sans fil par satellite. Grâce à un service mondial fonctionnant avec des appareils portatifs, les services mobiles par satellite donneront une nouvelle dimension aux communications personnelles mondiales. À ce propos, une étude commanditée par la NASA a comparé les services mobiles par satellite aux ordinateurs personnels, quant à leur impact potentiel sur nos vies professionnelles et personnelles.
Contrairement aux satellites géostationnaires, qui sont placés à une altitude de 35 900 km (22 300 miles), les satellites en orbite terrestre basse sont déployés à 700 km (435 miles) audessus de la Terre. Cette altitude basse, combinée aux récents progrès des semiconducteurs, des microprocesseurs et d'autres technologies, permet d'utiliser des téléphones portatifs. Il faut un réseau (aussi appelé constellation) de satellites en orbite terrestre basse pour assurer la même couverture qu'un satellite géostationnaire qui est, lui, placé à une altitude beaucoup plus élevée. À la différence du téléphone cellulaire, dans lequel l'usager se déplace de cellule en cellule, les services mobiles par satellite sont basés sur des satellites qui se déplacent audessus de l'usager, et qui fonctionnent en fait comme des tours cellulaires dans le ciel. Le nombre de satellites d'un réseau varie en fonction de la conception du service mobile par satellite. Pour abaisser les coûts de lancement, les fusées déploieront plusieurs satellites à la fois.
Le système Iridium, dont le déploiement complet est prévu pour 1998, sera probablement le premier système à satellites en orbite terrestre basse à fournir des services. Au cours de la prochaine décennie, il y en aura beaucoup d'autres, qui desserviront aussi des marchés mondiaux et régionaux. À l'instar d'autres secteurs de télécommunication maintenant ouverts à la concurrence (téléphonie cellulaire, messagerie et service grande distance), les consommateurs en seront les bénéficiaires. Pour l'industrie des services mobiles par satellite, la concurrence devrait amener des taux de pénétration plus élevés, des tarifs plus bas et le renouvellement plus rapide des technologies et des nouveaux services.
Contrairement aux satellites géostationnaires, qui ont toujours appartenu à des gouvernements (ou des coopératives internationales de gouvernements) et été exploités par eux, les services mobiles par satellite sont en grande partie financés par des investisseurs privés. Or, il n'y a pas si longtemps, les satellites étaient considérés comme trop chers et trop étroitement liés à la sécurité nationale pour que leur propriété et leur exploitation relèvent de quiconque hors les gouvernements. Mais de nouveaux systèmes, moins coûteux et extrêmement sûrs, ont attiré les investisseurs privés et permis aux constructeurs de satellites de proposer des entreprises privées de télécommunication. Pour l'industrie des services mobiles par satellite, la Conférence administrative mondiale des radiocommunications (CAMR92), tenue à Torremolinos (Espagne) en 1992, a été un tournant décisif. En effet, l'Union internationale des télécommunications a alors attribué les fréquences nécessaires pour permettre le développement technique et commercial de ces services.
Le Forum mondial des politiques de l'Union internationale des télécommunications sur les systèmes mobiles mondiaux de communications personnelles par satellite montre bien qu'il reste de nombreux problèmes réglementaires à régler pour ces services. Dans un entretien donné en 1995 à Iridium Today, Scott Harris, alors chef du bureau international de la Federal Communications Commission des États-Unis, s'est montré très optimiste. "Je pense que, de façon générale, tout le monde comprend que les services mobiles par satellite peuvent être source d'avantages économiques", a-t-il déclaré. "D'où la tendance de la plupart des pays à faire en sorte qu'il y ait suffisamment de fréquences pour eux."
Le facteur peut-être le plus critique dans le développement des services mobiles par satellite est le coût. Le système Iridium, par exemple, coûtera 3,37 milliards de dollars EU. Un consortium international d'entreprises de télécommunications et d'entreprises industrielles en a réuni 1,9 pour le développement et la construction du système Iridium. Cela a été le plus grand placement financier de ce type de l'histoire. Ce faisant, Iridium LLC a démontré que les investisseurs mondiaux reconnaissent le potentiel des services mobiles par satellite.
L'un des grands atouts de systèmes mobiles à satellite comme Iridium sera leur capacité d'offrir un service téléphonique par satellite où les normes cellulaires sont incompatibles. Des accords d'itinérance doivent toutefois être conclus pour permettre à un abonné d'utiliser le même poste et le même numéro téléphoniques partout dans le monde. À noter que les services mobiles par satellite sont censés compléter les réseaux de télécommunications cellulaires et terrestres. Les communications auront, pour la plupart, comme point de départ ou d'arrivée un matériel de communications classique et, partant, entraîneront une augmentation du trafic et des recettes aux réseaux nationaux. Étant donné que le système peut localiser les appels, il permet de préserver les revenus des autorités chargées de l'octroi des licences d'exploitation, exactement comme un service fourni par le réseau téléphonique public commuté existant.
L'avènement des services mobiles par satellite permet aux pays sousdéveloppés ou non développés de profiter des techniques satellitaires les plus récentes. Étant donné que les services mobiles par satellite sont financés essentiellement par des fonds privés et dans bien des cas ne passent pas par des gouvernements ou des agences postales, téléphoniques et télégraphiques locales pour acquitter les coûts afférents aux réseaux à satellite, un pays n'a pas besoin d'investir dans le système pour participer au service. Libérés de l'engagement financier et du risque technique liés au développement d'un réseau à satellite, les gouvernements peuvent octroyer des licences d'exploitation à différents services mobiles par satellite et profiter des avantages découlant de la concurrence.
Les services mobiles par satellite vont offrir aux gouvernements et aux prestataires de services des choix entre différentes solutions économiques. L'une des principales préoccupations, pour les pays développés comme pour les pays en développement, est d'amener les télécommunications jusqu'aux régions rurales. Les services mobiles par satellite constituent une solution idéale pour améliorer les télécommunications dans des régions à population dispersée, ou lorsque les citoyens ont un pouvoir d'achat insuffisant pour pouvoir payer des services de télécommunication. Bien souvent, les communautés non desservies ou mal desservies d'un pays ne sont pas uniquement les villages les plus petits ou les plus isolés. Dans bien des cas, des services sont aussi nécessaires dans certaines communautés suburbaines ainsi que dans de petites villes ou des villages.
La capacité des services mobiles par satellite de fournir des solutions provisoires pour les régions non desservies ou mal desservies est en train de modifier l'économie de la fourniture de télécommunications aux régions rurales. Grâce à ces services, une infrastructure de communication pourra être mise en place de manière quasi instantanée. Les opérateurs téléphoniques nationaux disposeront bientôt d'un moyen rentable de desservir des régions où le coût de l'infrastructure téléphonique était prohibitif.
Les services mobiles par satellite amélioreront l'efficacité des voyages d'affaires internationaux. Les hommes d'affaires pourront être reliés à leur bureau où qu'ils se trouvent, dans une ville éloignée sans infrastructure cellulaire compatible, à bord d'un avion en vol ou lorsqu'il n'existe pas de services téléphoniques traditionnels ou sans fil. Grâce au système Iridium, la position du combiné téléphonique sera poursuivie et une transmission mondiale sera assurée, même si la localisation de l'abonné n'est pas connue. Par ailleurs, les services mobiles par satellite seront fort utiles sur les chantiers d'accès difficiles (platesformes pétrolières en mer, opérations minières et autres opérations lointaines).
Les services mobiles par satellite créeront des marchés nouveaux et intéressants audelà des capacités offertes par les satellites géostationnaires. À partir du concept d'origine, une nouvelle forme de télécommunication par satellite s'est développée. À l'instar d'Arthur C. Clarke, les télécommunications mondiales continuent à passer apparemment en douceur de la science-fiction à la réalité.
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