Malgré les progrès réalisés en matière de communication de données sur le climat et d'utilisation d'électricité d'origine renouvelable, les entreprises numériques ne parviennent pas à réduire leurs émissions au rythme nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques à l'échelle mondiale, d'après l'édition de 2026 du Rapport "Greening Digital Companies: Monitoring Emissions and Climate Commitments" (Pour des entreprises numériques plus écologiques: Suivi des émissions et des engagements climatiques).
Publié par l'Union internationale des télécommunications (UIT) et la World Benchmarking Alliance (WBA), le rapport a pour objet d'évaluer les résultats en matière de protection du climat de 200 entreprises numériques dans le monde, à l'aide de données publiques relatives à l'année 2024. La cinquième édition du rapport "Greening Digital Companies" passe en revue les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d'énergie, les objectifs climatiques, l'utilisation des énergies renouvelables et, pour la première fois, la planification de la transition climatique.
Les résultats montrent que l'intelligence artificielle (IA) constitue à la fois un levier d'efficacité et un défi croissant. Les principaux fournisseurs d'IA et de services en nuage ont vu leurs émissions individuelles augmenter entre 2020 et 2024, sous l'effet de la montée en flèche de la demande d'énergie et de l'expansion des infrastructures.
"Si les technologies numériques offrent d'immenses possibilités pour lutter contre les changements climatiques, la hausse de leur demande en énergie et de leurs émissions ne peut être négligée", a déclaré Doreen Bogdan-Martin, Secrétaire générale de l'UIT. "La durabilité environnementale doit être intégrée dans la façon dont nous concevons, alimentons et développons les technologies qui façonnent notre avenir numérique commun."
Points saillants du rapport
- Communication de données sur le climat: la communication de données sur le climat a progressé, mais des lacunes importantes subsistent. Alors que 89% des entreprises ont déclaré des émissions directes (catégorie 1) et 81% ont déclaré des émissions provenant de l'achat d'énergie (catégorie 2), seulement 47% ont déclaré des émissions liées à l'ensemble des activités pertinentes de la chaîne de valeur (catégorie 3).
- Émissions de gaz à effet de serre: en 2024, les entreprises numériques ont déclaré 301 millions de tonnes d'émissions issues des activités (catégories 1 et 2) en équivalent dioxyde de carbone, soit 0,8% des émissions mondiales liées à l'énergie et une augmentation de 1,2% par rapport à 2023. Pour les entreprises qui communiquent des données relatives aux émissions liées à la chaîne de valeur (catégorie 3), ces dernières représentaient la majeure partie de leur empreinte carbone, soit 76% des émissions totales, ce qui met en évidence les défis auxquels le secteur fait face en matière de chaînes d'approvisionnement, de fabrication et d'utilisation des produits.
- Consommation d'électricité: 163 entreprises ont déclaré avoir consommé 494 térawattheures (TWh) d'électricité en 2024, soit environ 1,7% de la consommation d'électricité dans le monde. Plus de la moitié de cette consommation d'électricité (54%) était imputable à seulement 10 entreprises, dépassant ainsi la consommation annuelle d'électricité de certains pays.
- Électricité d'origine renouvelable: Bien que les entreprises numériques figurent toujours parmi les plus gros acheteurs d'électricité d'origine renouvelable au monde, seules 25 des 200 entreprises évaluées ont déclaré s'approvisionner à 100% en électricité d'origine renouvelable.
- Objectifs climatiques: 151 (soit 76%) des entreprises évaluées ont soumis des objectifs de réduction à court terme pour les émissions de catégories 1 et 2, ce qui témoigne à la fois de leur initiative volontaire et de l'influence des attentes des investisseurs, des campagnes scientifiques et de sensibilisation, ainsi que des nouvelles exigences en matière de réglementation. Cependant, seulement 114 cibles ont été validées par des cadres scientifiques, et 85 ont été évaluées comme étant en bonne voie sur la base des progrès réalisés à ce jour.
- Plans de transition climatique: seules 81 entreprises (41%) ont présenté des plans complets visant à atteindre les objectifs climatiques, comprenant notamment une ambition stratégique, des stratégies de mise en œuvre et d'engagement, des indicateurs clairs, des objectifs précis et un dispositif de gouvernance. Cela souligne le besoin urgent d'une planification plus robuste pour gérer les transitions économiques, sociales et énergétiques nécessaires.
"Les entreprises numériques doivent susciter la mobilisation des fournisseurs et traiter les émissions liées aux produits et aux services dont elles dépendent", a déclaré Gerbrand Haverkamp, directeur exécutif de la World Benchmarking Alliance. "Par exemple, le secteur de l'électronique, qui fournit de nombreux intrants essentiels à l'infrastructure numérique, représente 53% des émissions déclarées pour l'ensemble des trois sous-catégories."
L'IA: Un outil à double tranchant
Il ressort du rapport que l'IA est un facteur de plus en plus déterminant dans la trajectoire des émissions du secteur. Les émissions liées aux activités de quatre grands fournisseurs d'IA et de services en nuage ont explosé, atteignant jusqu'à 239% de leurs niveaux de 2020, tandis que 14 grands opérateurs de télécommunication ont réduit leurs émissions de 11% au cours de la même période.
Si elle soutient l'action climatique par l'optimisation énergétique, les prévisions d'énergies renouvelables et les gains d'efficacité, l'IA a ses propres coûts environnementaux. Le rapport souligne la nécessité absolue d'aligner le développement de l'IA sur les investissements dans les énergies propres et la gestion des émissions.
Des engagements aux actions concrètes
Le rapport recense des actions prioritaires, telles que le renforcement de la communication de données sur le climat, la réduction des émissions de catégorie 3, l'amélioration de la mise en œuvre des plans de transition climatique et l'alignement de l'expansion de l'IA et de l'infrastructure numérique sur le développement de l'énergie propre.
"Le secteur des TIC dispose de l'innovation, des ressources et de l'influence nécessaires pour contribuer à façonner un avenir numérique plus durable," a déclaré Cosmas Luckyson Zavazava, Directeur du Bureau de développement des télécommunications de l'UIT. "Pour concrétiser ce potentiel, il faut traduire les engagements climatiques en actions concrètes, réduire les émissions, renforcer la collaboration entre les différents acteurs du secteur et veiller à ce que le développement du numérique, y compris l'IA, aille de pair avec celui des énergies propres."
L'UIT fournit un appui à ces travaux dans le cadre d'initiatives de collaboration, telles que son Groupe d'experts sur les indicateurs des télécommunications/TIC, dont un sous-groupe essentiel élabore des indicateurs harmonisés au niveau national sur les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d'énergie liées aux technologies. Les conclusions les plus récentes viennent renforcer également l'initiative "Action du secteur du numérique pour l'environnement" de l'UIT, qui appelle à une plus grande transparence sur la consommation d'énergie, les émissions et les progrès vers des objectifs fondés sur des données scientifiques.
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Ressources:
- L'édition de 2026 du Rapport "Pour des entreprises numériques plus écologiques: suivi des émissions et des engagements climatiques" est consultable en intégralité ici.
- Les journalistes sont invités à un webinaire sur les principales conclusions tirées du Rapport "Pour des entreprises numériques plus écologiques", le jeudi 3 septembre de 13 h 00 à 14 h 30 CEST. Les informations et le lien pour l'inscription sont disponibles ici.
Notes de la rédaction:
- L'édition de 2026 du Rapport "Pour des entreprises numériques plus écologiques: suivi des émissions et des engagements climatiques" est basé sur les données publiques des entreprises numériques relatives à l'année de déclaration 2024.
- Définition des données relatives aux émissions.
- Émissions de catégorie 1: émissions directes provenant de sources détenues ou contrôlées.
- Émissions de catégorie 2: émissions indirectes provenant de l'achat et de la consommation d'électricité, de vapeur, de chauffage et de froid par l'entreprise; ces données peuvent être fondées sur la localisation ou le marché.
- Émissions de catégorie 3: émissions indirectes générées en amont ou en aval de la chaîne de valeur de l'entreprise.
À propos de l'UIT:
L'Union internationale des télécommunications (UIT) est l'institution spécialisée des Nations Unies pour les technologies numériques et encourage l'innovation au service des populations et de la planète, aux côtés de 194 États Membres et des plus de 1 000 entreprises, universités, entités de la société civile et organisations internationales ou régionales qui la composent. Fondée en 1865, l'UIT coordonne l'utilisation du spectre des fréquences radioélectriques et des orbites de satellites à l'échelle mondiale, établit des normes internationales relatives aux technologies, encourage la connectivité universelle et les services numériques, et contribue à faire en sorte que tous, y compris les communautés les plus isolées, bénéficient d'une transformation numérique durable. De l'intelligence artificielle (IA) à l'informatique quantique, des satellites aux câbles sous-marins en passant par les réseaux large bande mobiles et hertziens évolués, l'UIT s'engage à connecter le monde et au-delà. Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.itu.int.
À propos de la WBA:
La World Benchmarking Alliance (WBA) est une organisation indépendante à but non lucratif qui mesure les effets des activités des 2 000 entreprises les plus influentes sur les populations et la planète. Le but est de permettre à tout le monde, y compris aux gouvernements, aux institutions financières, aux organisations de la société civile et aux médias, d'exiger des entreprises qu'elles contribuent au développement durable. Les données figurant dans le rapport ont été recueillies dans le cadre de l'Analyse comparative de l'inclusion numérique de la WBA, qui évalue les entreprises technologiques les plus influentes au monde d'après leurs résultats pour ce qui est d'élargir l'accès aux technologies numériques, d'améliorer les compétences numériques, de promouvoir une utilisation digne de confiance et de mener une innovation ouverte, inclusive et éthique. En outre, en janvier 2026, la WBA a mené une analyse comparative des actions climatiques pour évaluer la crédibilité et l'intégrité des plans de transition des 2 000 entreprises les plus influentes, et notamment les efforts qu'elles déploient pour faire en sorte qu'aucun citoyen, aucune communauté ou aucune autre partie prenante concernée ne soit laissé pour compte. Pour en savoir plus, rendez-vous sur https://www.worldbenchmarkingalliance.org/.