COMITÉ PRÉPARATOIRE  DU SMSI

Sommet Mondial sur la Société de l’Information, Genève, 10 – 12 décembre 2003

Discours du Président du PrepCom

A la Cérémonie d’Ouverture officielle du SMSI

 

Intervention de S. E Monsieur Adama Samassékou

Président du PrepCom du SMSI

Président de l’Académie Africaine Langues

Ancien Ministre de l’Education du Mali

 

Excellence, Monsieur le Président de la Confédération suisse,
Excellence, Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,
Excellence, Monsieur le Président de la Tunisie,
Excellences, Mesdames, Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernements,Monsieur le Secrétaire général de l’UIT,Excellences, Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs les Représentants des Organisations intergouvernementales,
Mesdames, Messieurs les Représentants du Secteur privé et de la Société civile,
Excellences,
Mesdames, Messieurs
 
Nous voici à mi-chemin du long voyage qui doit nous mener de la société de l’information vers la société de la connaissance et des savoirs partagés. Pour ce voyage, nous sommes venus de toutes les régions du monde, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, d’Asie pacifique, d’Europe orientale et d’Europe occidentale et autres. Nous, gouvernements, organisations internationales, secteur privé, société civile. 

Chacun est venu avec ses rêves. Tout au long de notre longue marche vers le Sommet, face à la complexité de la situation, nous avons regardé à gauche, à droite, et nous avons vu les précipices, les fossés, les fractures ; nous avons vu le cauchemar de notre monde d’aujourd’hui, un monde de plus en plus en proie à une violence inouïe qui s’immisce jusque dans nos maisons, un monde de plus en plus clivé entre les riches et les pauvres, entre ceux qui sont instruits et ceux qui ne savent ni lire ni écrire, entre ceux qui détiennent les informations et ceux qui en sont privés, entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont administrés… Et nous avons compris qu’il le sera davantage, si des mesures urgentes ne sont pas prises, si nous en restons au constat de Johannesburg où les plus hautes autorités des pays les plus puissants du monde se sont accordées à dire que de Rio à Johannesburg, dix ans après des engagements très forts, les pays pauvres continuent de devenir plus pauvres et les pays riches plus riches…

Alors, nous avons essayé de rêver ensemble et nous avons appris à travailler ensemble, à mieux nous connaître, à respecter nos identités et nous avons su construire ensemble une vision partagée qui nous permet aujourd’hui de présenter à votre haute appréciation le fruit de cette longue gestation : 

Quand on rêve tout seul, ce n’est qu’un rêve, mais quand on rêve à plusieurs, c’est déjà le début de la réalité ! 

Tout au long de cette longue marche, des dynamiques nationales aux sessions du Comité de préparation en passant par les conférences régionales et les initiatives heureuses des villes et de toutes les organisations internationales, en particulier celles de l’UNESCO, de l’Organisation internationale de la Francophonie et de la Ligue arabe, nous avons pu trouver les moyens de dépasser la sécheresse des discussions sur la procédure, grâce à une certaine hydratation de nos débats par les multiples contributions qui ont su rester dans le sens. Et nous avons su le faire en respectant des principes fondés sur les valeurs cardinales d’inclusion, de partenariat et de solidarité. A cet égard, je suis heureux de saluer l’émergence d’un partenariat quasi institutionnel entre la société civile, à travers son Bureau International, le secteur privé, à travers son Comité de Coordination des interlocuteurs du secteur privé, et les gouvernements à travers le Bureau du Comité de préparation du Sommet. 

C’est le lieu pour moi de remercier tous ceux qui ont contribué au résultat auquel nous sommes aujourd’hui parvenus ensemble : Monsieur le Président de la Confédération suisse et toute l’équipe du pays hôte de cette première phase, Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies et ses collaboratrices et collaborateurs, Monsieur le Secrétaire général de l’UIT et tout son personnel, Monsieur le Directeur du Secrétariat Exécutif du Sommet et toute son équipe, l’équipe de Tunisie, pays hôte de la deuxième phase, et bien sûr, tous les participants du processus préparatoire. 

Ce que nous aurons réussi ensemble, c’est ce nouvel esprit de coopération et d’ouverture à l’Autre ! 

Aujourd’hui, ici à Genève, nous marquons le début d’un processus en examinant les moyens de mettre la révolution du numérique au service d’un développement humain solidaire. 

Demain, à Tunis, s’il plaît à Dieu, nous renforcerons les perspectives dégagées durant cette première phase, tout en élargissant notre vision. 

En effet, l’ambition du Sommet Mondial sur la Société de l’Information, qui visiblement concerne un projet sociétal global, est un défi immense. Au-delà même des enjeux technologiques et sociétaux, se dessine une vision encore plus englobante. 

S’il est vrai que la société de l’information permet la circulation de l’information et du savoir sur la terre entière, s’il est vrai que l’ensemble de l’humanité peut désormais potentiellement partager ses connaissances et ses savoir-faire, s’il est vrai que la création et la diffusion de contenus éducatifs, scientifiques, culturels, informatifs ou récréatifs sont rendues possibles pour toutes les populations à travers le monde, alors on peut envisager une nouvelle solidarité entre les êtres humains, les groupes sociaux et les nations dans le monde entier, une solidarité basée sur le partage des savoirs, une solidarité véritable fondée sur une meilleure connaissance de l’Autre et sur le respect mutuel. 

C’est là que prend tout son sens le concept de la Solidarité Numérique que nous prônons avec le Président Abdoulaye Wade du Sénégal. 

C’est là aussi que se manifeste toute l’envergure de ce nouveau type de Sommet. Non seulement par la préoccupation d’intégration de tous les grands acteurs de la société de l’information et par l’approche participative, non seulement par le lancement de nouveaux partenariats au niveau international et par la vision d’une solidarité globale entre les peuples et les nations, mais également et surtout par l’ambition politique de renforcer le multilatéral sous une nouvelle forme. 

Et ce, partant de la nécessité évidente d’une approche commune internationale des grands problèmes de notre planète, pour lesquels des solutions globales doivent être trouvées qui respectent la diversité culturelle et linguistique ainsi que les spécificités des nations et des régions du monde. 

Le Sommet Mondial sur la Société de l’Information ouvre ainsi la voie à une nouvelle ère dans laquelle des Sommets des Nations Unies pourraient être convoqués, à intervalle régulier, pour débattre, d’une manière participative, des problèmes actuels de notre société globale qui ne peuvent plus, désormais, être résolus uniquement dans le cadre des politiques nationales ou régionales. 

J’ai en effet la profonde conviction que ce Sommet, parce qu’il a trait à la politique globale de la société humaine dans son ensemble, pourrait être le prélude à une nouvelle génération de Sommets : il est souhaitable, probablement indispensable, dans ce monde de plus en plus globalisé, d’effectuer le saut qualitatif qui permettra de passer des Conférences des Nations Unies sur les questions de développement à des Sommets de Chefs d’Etat et de Gouvernement, convoqués tous les deux ou trois ans, à la faveur desquels les grands décideurs du monde, c’est-à-dire les plus hautes Autorités de tous les Etats membres des Nations Unies, partie prenante à part égale de l’avenir de notre planète, se retrouveront pour discuter des grandes questions de la société du futur en construction, sur la base de rapports préparés par les grands acteurs de la Société de l’Information de la Communication et des Savoirs partagés, et bâtir progressivement ce nouveau Projet de société planétaire fondé sur des valeurs de Solidarité et de partage.          

Plus que jamais, il est vital de conjuguer nos efforts pour arrêter le processus de déshumanisation de notre planète. Le Sommet Mondial sur la Société de l’Information nous en offre l’opportunité. 

Continuons donc à oeuvrer ensemble, en poursuivant notre voyage vers Tunis et au-delà, pour que ce premier Sommet du troisième Millénaire que l’on pourrait appeler Sommet Mondial de la Solidarité, contribue à faire de la société de l’information, fille de la révolution numérique, une véritable société de la communication humaine, de la connaissance et des savoirs partagés, condition sine qua non d’un nouveau Dialogue mondial pour la Paix et d’une nouvelle communication internationale, fondés sur plus d’écoute, d’échange, de partage et de solidarité active entre les nations et entre les citoyens de notre planète. 

Que Dieu nous assiste dans la réalisation de cette grande et belle entreprise humaine !
              
Je vous remercie de votre aimable attention.