Discours de Dr Hamadoun I. Touré, Secrétaire général de l'UIT
 
ICT4ALL Forum - Tunis+4 - Ouverture

24 novembre 2009, Hammamet, Tunisie

Excellences,
Mesdames et Messieurs,


Je suis très heureux d'avoir l'occasion de me joindre à vous ici aujourd'hui et je voudrais remercier tout particulièrement le Gouvernement tunisien pour son hospitalité, son engagement en faveur du développement des TIC et la façon dont il a organisé cette importante manifestation.


Quatre ans se sont écoulés depuis l'achèvement de la seconde phase du SMSI à Tunis, Sommet auquel ont participé des gouvernements, des organisations internationales, ainsi que des représentants du secteur privé et de la société civile.


Au nombre des résultats finals de ce Sommet figurent l'Engagement de Tunis et l'Agenda de Tunis pour la société de l'information qui ont fixé un certain nombre d'objectifs à atteindre de toute urgence pour édifier une société de l'information ouverte, accessible et inclusive.


Depuis cette date, nous avons beaucoup progressé et nous sommes fiers de constater que l'engagement des différentes parties prenantes au SMSI n'a pas faibli au fil du temps.


Bien au contraire.


Les parties prenantes sont unanimes pour dire que nous devons être très ambitieux dans les objectifs que nous nous fixons si nous voulons exploiter les possibilités des TIC pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). L'UIT, par exemple, s'est engagée à connecter ceux qui ne le sont pas encore à l'horizon 2012.


Nous devons également réagir rapidement à tout ce qui pourrait limiter notre capacité à atteindre les objectifs du SMSI ou les OMD.


Prenons un exemple: voilà juste un peu plus d'un an que nous subissons une crise financière mondiale.


A l'occasion d'ITU World Telecom 2009 qui s'est tenu le mois dernier à Genève, nous avons lancé un nouveau rapport intitulé "Faire face à la crise: des plans de relance dans le secteur des TIC pour la croissance économique".


Ce rapport montre que le secteur des TIC est appelé à jouer un rôle primordial de catalyseur de la croissance économique et de la relance financière dans toutes les branches du commerce et de l'industrie.


La crise financière a touché de nombreux secteurs mais elle n'a pas entamé sensiblement la demande de services TIC et les secteurs du mobile et du satellite ont remarquablement bien résisté; en outre, la demande des consommateurs pour des connexions fixes ou mobiles à haut débit a continué à alimenter l'augmentation du nombre d'abonnements au large bande sur les principaux marchés mondiaux. 


L'UIT est fermement convaincue que les investissements dans les TIC et les réseaux large bande sont un élément essentiel des plans de relance. Les technologies de prochaine génération apportent en effet des avantages considérables aux différentes nations et il faut aujourd'hui faire les bons choix politiques pour en récolter, demain, les bénéfices.


Cela vaut tout particulièrement pour les pays en développement.


J'ai par conséquent été très heureux, à l'occasion d'ITU World Telecom 2009, de dialoguer avec les dirigeants du secteur privé qui ont tous estimé que tous les pays en développement, sans exception, offraient de formidables perspectives de croissance.


ITU World Telecom 2009 a également mis l'accent sur la Partie B de l'Agenda de Tunis qui traite des mécanismes de financement des TIC au service du développement. Dans ce contexte, le Groupe des Nations Unies sur la société de l'information (UNGIS), qui est présidé par l'UIT, a mené des consultations fructueuses.


Mesdames et Messieurs,


Au cours des 50 dernières années, l'Afrique a fondé son développement sur ces trois mots: "aide", "assistance" et "charité".


La charité n'a jamais aidé quiconque à sortir de la pauvreté et l'aide a échoué à de multiples reprises.


Si pendant 50 années vos efforts n'ont pas été couronnés de succès, alors il est grand temps de passer à autre chose.


Le thème général de cette manifestation - "L'innovation dans le secteur des TIC, un moyen de renforcer la compétitivité et la croissance" - est particulièrement approprié.


Car le secteur des TIC est incroyablement résistant, car les êtres humains voudront toujours communiquer, car la matière grise et l'innovation sont des ressources illimitées.


Nous ne devons pas oublier non plus que le secteur des TIC, plus que tout autre secteur, a un rôle important à jouer dans la lutte contre le changement climatique, le problème le plus grave auquel est confrontée l'humanité.


Les TIC représentent environ 2,5% du total des émissions de gaz à effet de serre dans le monde mais une utilisation plus efficace des technologies modernes permettrait de réduire de 15% la consommation mondiale d'électricité.


Loin d'être un élément du problème, les TIC sont un élément clé de la solution.


La mission de l'UIT est de connecter le monde et de mettre les TIC à la portée de tous les habitants de la planète. Cela étant, il faut que cet accès aux TIC soit simple, équitable et financièrement abordable pour tous afin que tous les êtres humains puissent créer, utiliser et partager des informations, où qu'ils vivent et quels que soient leurs moyens.


L'un des plus grands défis que nous devons relever est celui de la connectivité des zones rurales et isolées qui ne sont pas nécessairement rentables, en particulier à court terme. Dans certains pays, cette obligation de connectivité figure dans les conditions de licence; dans d'autres pays, des délais sont imposés aux opérateurs; dans d'autres pays encore, les adjudications à l'envers ont été utilisées avec succès.


Il est de la responsabilité de l'UIT d'aider les pays à renforcer leurs capacités et à créer un environnement propice.


Pour ce faire, nous avons lancé, au niveau régional, les sommets "Connecter le monde". Le premier de la série, "Connecter l'Afrique" s'est tenu à Kigali en 2007 et a permis de mobiliser 55 milliards USD - un chiffre extraordinaire - en faveur de projets d'infrastructure. Huit milliards de dollars ont été investis en Afrique pour la seule année 2008.


Le prochain de la série, le sommet "Connecter la CEI, va se tenir à Minsk (Bélarus) à la fin de cette semaine et je place là aussi de grands espoirs dans cette manifestation qui influera véritablement sur le développement des TIC dans la région.


Nous collaborons aussi avec les régulateurs du monde entier pour mettre en place une réglementation efficace qui stimulera la croissance du secteur et l'accessibilité aux TIC.


Il y a tout juste deux semaines s'est tenu à Beyrouth le Colloque mondial des régulateurs qui a attiré un nombre record de participants et qui était placé sous le thème "Intervenir ou laisser faire? Pour stimuler la croissance, une réglementation des TIC efficace".


Pour le secteur des TIC, une réglementation efficace est synonyme de prévisibilité, de stabilité et de réduction des risques. Elle encourage les investissements dans l'infrastructure des TIC et récompense la concurrence et les nouveaux modèles d'activité économique originaux.


Dans le même temps, une réglementation efficace protège les consommateurs, en ce sens qu'elle garantit la transparence sur le marché et un système équitable de règlement des différends.


Chers collègues,


Edifier une société de l'information inclusive c'est aussi ne ménager aucun effort pour susciter la confiance dans l'utilisation des TIC. L'UIT joue, à cet égard, un rôle de tout premier plan comme coordonnateur de la grande orientation C5.


Je sais que vous êtes nombreux ici à promouvoir activement le Programme mondial cybersécurité de l'UIT qui a été lancé en 2007 et qui est désormais dans sa phase opérationnelle.


Nous sommes fiers d'avoir noué des liens de collaboration très forts avec IMPACT, partenariat multilatéral international de lutte contre les cybermenaces.


Le point d'orgue de cette collaboration a été la conclusion, l'an dernier, d'un Mémorandum d'accord aux termes duquel le siège d'IMPACT à Cyberjaya (Kuala Lumpur) va accueillir le GCA.

 
La collaboration entre le GCA et IMPACT est le premier cadre opérationnel véritablement mondial de lutte contre les cybermemaces. Il fournit aux 191 Etats Membres de l'UIT des compétences techniques, des moyens et des informations et permet d'avoir rapidement accès aux ressources nécessaires pour lutter efficacement contre les menaces, réelles ou potentielles, dans le cyberespace.


Mesdames et Messieurs,


Avant de conclure, je voudrais m'arrêter quelques instants sur la mise en oeuvre et le suivi des résultats du SMSI.


Comme vous le savez peut‑être, l'UIT s'est vu confier à Tunis, en collaboration avec l'UNESCO et le PNUD, un rôle de premier plan pour coordonner efficacement les activités des coordonnateurs des différentes grandes orientations du SMSI et pour élaborer un rapport sur la mise en oeuvre.


Dans ce contexte, je souhaite attirer votre attention sur la réunion de haut niveau qui se tiendra l'an prochain, à savoir le Forum 2010 du SMSI, lequel fait partie intégrante du processus du SMSI.


Cette manifestation se situera à mi‑chemin entre la seconde phase du SMSI (2005) et l'examen final des résultats du SMSI qui aura lieu en 2015 et elle constituera une occasion unique de faire un bilan à mi-parcours de la mise en oeuvre des résultats du SMSI.


Il appartient donc à toutes les parties prenantes du SMSI de se préparer pour ce bilan à mi‑parcours, de contribuer à ce processus préparatoire ouvert et inclusif et de participer au Forum du SMSI l'an prochain.


Il m'est agréable aujourd'hui de lancer un nouvel appel en faveur de l'établissement d'un rapport sur la mise en oeuvre des résultats du SMSI, par l'intermédiaire du nouveau système d'information que constitue l'Inventaire du SMSI.


Je souhaiterais que ce système soit désormais utilisé comme une plate‑forme communautaire interactive pour la communauté du SMSI, en particulier les directeurs de projets qui travaillent quotidiennement à cette mise en oeuvre.


Par ailleurs, en prévision de la Conférence sur les Objectifs du Millénaire pour le développement qui se tiendra à New York en septembre 2010, nous devons utiliser tous les moyens possibles pour que le rôle des TIC dans la réalisation de ces objectifs soit reconnu.


Nous pouvons tous être fiers des résultats que nous avons obtenus depuis Tunis en 2005.Mais ne nous endormons pas sur nos lauriers; bien au contraire, tirons parti de la formidable énergie et l'esprit de coopération du SMSI pour relever ces nouveaux défis. Retroussons nos manches et mettons‑nous au travail!


Merci