Speech from Dr Hamadoun I. Touré, ITU Secretary-General

Fonds Mondial de Solidarité Numérique (FSN): Réunion Extraordinaire du Conseil de Fondation
Bamako, Mali
27 January 2009

Son Excellence Monsieur Président Amadou Toumani Touré
Son Excellence Monsieur le Président Abdoulaye Wade
Monsieur le Premier Ministre et Chef du Gouvernement
Mme le Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies
Monsieur le Président du Fond de Solidarité Numérique
Monsieur le Président de la Banque Africaine de Développement
Excellences
Mesdames et Messieurs,

 

C'est un grand privilège pour moi d'être avec vous aujourd'hui et un grand plaisir de vous retrouver ici dans mon pays natal, le Mali.


Puis qu’invité à cette occasion, en ma qualité de Secrétaire Général de l’UIT, je tiens à vous souhaiter le bienvenu chez vous. Je voie dans cette salle des représentants de pays amis qui m’ont acceuilli chez eux comme si c’était chez moi. Je les remercie et je leurs dis bienvenus chez vous au Mali.


Je voudrais ici exprimer toute ma joie à parler devant cette audience, devant deux Chefs d’Etats qui je considère l’an comme un père et l’autre comme mon frère, mais surtout des grands visionnaires qui ont eu le courage de rêver, de rêver grand pour leurs pays et pour leur continent. Je peux leur assurer que nous ferons tout pour que leur rêve soit une réalité.


Il y a deux mois à peine, en plein hiver européen, nombre d'entre nous ont participé à la première Conférence pour la solidarité numérique, qui s'est tenue à Lyon.


A cette occasion, a été signée la "Déclaration finale de Lyon sur la solidarité numérique", qui fait le bilan des progrès accomplis à ce jour et définit les mesures à prendre pour l'avenir.


En tant que Secrétaire général de l'UIT, institution spécialisée des Nations Unies pour les TIC, je suis personnellement très impliqué dans tout ce qui a trait au Fonds de solidarité numérique.


La création de ce Fonds est l'un des nombreux résultats concrets du Sommet mondial des Nations Unies sur la société de l'information, que nous avons organisé en 2003 et en 2005.


Les TIC sont, dans notre société, de véritables catalyseurs qui aident les gens à communiquer en surmontant les distances et les différences culturelles et linguistiques, facilitent les échanges et donnent accès à des ressources vitales, en particulier dans les domaines de la santé et de l'éducation.


Dans une très large mesure, ces progrès sont rendus possibles par les immenses avantages concrets et les potentialités qu'offre l'Internet.


Mais aujourd'hui, moins d'un quart de la population mondiale a facilement accès à l'Internet.


Mesdames et Messieurs,


Cette situation est tout simplement inacceptable.


C'est pourquoi des initiatives telles que la création du FSN revêtent une telle importance.


Il est extrêmement encourageant de noter que 135 pays ont aujourd'hui donné leur accord de principe pour contribuer à hauteur de 1%, en signe de solidarité, à ce Fonds.


Désormais, nous devons convertir ces accords et engagements en mesures concrètes.


C'est pourquoi nous sommes réunis ici aujourd'hui.


A l'UIT, nous sommes fermement convaincus des avantages qu'offre une étroite collaboration avec le secteur privé dans la campagne que nous menons pour contribuer à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement fixés par les Nations Unies.


Les initiatives en faveur du développement prises conjointement par le secteur public et par le secteur privé - sous l'égide d'organismes publics et d'institutions intergouvernementales tels que l'UIT ou le DSF - peuvent contribuer pour beaucoup à l'amélioration de l'accès aux ressources TIC. Pour ne citer qu'un exemple, le Fonds mondial de solidarité numérique finance, d'ores et déjà, des projets innovants visant à fournir des TIC et un accès Internet à des communautés qui luttent contre le VIH/SIDA au Burkina Faso et au Burundi.


En ce qui concerne l'UIT, à l'appui des nombreux projets de développement que nous menons à bien sur le plan local, nous avons lancé l'initiative "Connecter le monde", qui encourage les synergies multi parties prenantes entre entreprises privées, pouvoirs publics et organismes d'aide au développement.


Comme beaucoup d'entre vous le savent, le premier Sommet Connecter l'Afrique, qui s'est tenu à Kigali il y a un peu plus d'un an, a remporté un immense succès. Ce Sommet s'est soldé par des engagements, à hauteur de plus de 55 milliards de dollars, visant à interconnecter toutes les capitales et grandes villes africaines via une infrastructure large bande, ainsi qu'à renforcer les connexions avec le reste du monde à l'horizon 2012.


D'immenses progrès sont déjà en cours et les travaux se poursuivent à un rythme soutenu concernant plusieurs projets liés à l'initiative Connecter l'Afrique - entre autres, ceux du réseau dorsal pour l'Afrique centrale, d'un réseau d'infrastructure communautaire large bande pour l'Afrique de l'Est, d'un réseau d'infrastructure large bande pour les pays de la CEDEAO, de liaisons sous-marines vers les pays d'Afrique de l'Ouest, sans oublier l'harmonisation des politiques et réglementations en Afrique subsaharienne.


Chers collègues,


Des progrès considérables ont été réalisés ces dernières années dans l'extension de la connectivité à un plus grand nombre, cette tendance n'étant nulle part ailleurs plus forte que dans les 49 pays les moins avancés, ou PMA, selon la catégorisation onusienne.


Depuis l'année 2000, le nombre d'abonnés fixes dans l'ensemble des PMA a été multiplié par près de 30 fois, passant de 3,8 millions à 107 millions. La croissance du nombre d'abonnés mobiles cellulaires a été encore plus rapide, les PMA comptant ensemble plus de 110 millions d'abonnés cellulaires au total, contre juste 800 000 connexions mobiles au début du millénaire.


Le Mali lui-même est un bon exemple des progrès considérables qui ont été réalisés, y compris en Afrique subsaharienne. Il y a sept ans, seulement deux Maliens sur mille avaient un téléphone mobile, alors qu'aujourd'hui ce nombre a progressé de cent fois, le rapport étant maintenant supérieur à un sur cinq.


Il n'est pas facile de comprendre ce que ces chiffres signifient réellement. Sachez seulement qu'ici au Mali nous avons une télédensité mobile supérieure à celle que connaissait la Finlande au début de 1995; ou à celle des Etats Unis au début de 1998; ou encore à celle de la France au début de 1999.


Le prochain grand défi des TIC que devront relever les PMA sera le large bande, infrastructure de base essentielle dans les pays développés. Or, le manque généralisé d'infrastructures large bande dans les pays en développement risque d'ouvrir une nouvelle fracture numérique.


Comment les citoyens africains peuvent-ils, même avec des téléphones mobiles, rivaliser avec les Européens du Nord qui disposent de connexions large bande bon marché, parfois même gratuites, d'un débit allant jusqu'à 100 Mégabits par seconde?


La vérité est qu'en dépit de tendances très positives, ni les taux de croissance, ni les vitesses d'accès ne progressent assez vite.


Heureusement, des stratégies comme le 1% de contribution de solidarité numérique du FSN et l'avènement de nouvelles technologies et de stratégies de financement novatrices commencent à attirer l'attention des investisseurs sur l'immense potentiel des marchés en développement.


Grâce à leur impressionnant taux de pénétration cellulaire, de nombreux pays en développement sont bien placés pour exploiter les nouvelles technologies hertziennes du large bande, qui peuvent assurer la fourniture d'un service Internet à grande vitesse et à un prix abordable, indépendamment de leur manque d'infrastructures terrestres.


Le progrès social et économique ne pourra toutefois pas se faire avec la seule technologie. Il est en effet indispensable de disposer aussi d'un cadre réglementaire qui soit solide, équitable et transparent; sinon, il ne sera jamais possible de créer un climat d'investissement favorable pour les opérateurs et les fournisseurs de services.


Il est important que l’on s’apprête à investir dans trois domaines prioritaires:

  • l’innovation;
  • des infrastructures ;
  • et la formation.


Mes chers amis,


Avant de conclure, je souhaiterais évoquer une question dont nous ne sommes tous que trop conscients aujourd'hui: la crise financière mondiale.


L'an dernier, la plus grande bulle financière spéculative de l'histoire a finalement éclaté et cette année, nous en subirons tous les conséquences.


Des conséquences parmi lesquelles figurent le chômage de millions de personnes et un ralentissement spectaculaire des investissements.


Je suis toutefois profondément optimiste, et je crois que les TIC peuvent aider les Etats et le secteur à traverser la tempête économique, en réduisant les coûts, en stimulant l'efficacité et en accroissant la productivité. Je crois également que les TIC joueront un rôle absolument vital en aidant les économies à se redresser rapidement.
 

Une autre note d'espoir nous vient de la transformation technologique qui a toujours été le moteur du secteur des TIC. La crise sera certes difficile pour de nombreuses entreprises de TIC, mais, je n'en doute pas, elle revitalisera le secteur dans son ensemble et permettra l'arrivée de nouveaux entrants et l'avènement de technologies nouvelles.
 

En temps de crise, on ne peut se permettre de quitter la balle des yeux pendant un seul instant.
 

Ce qui signifie travailler plus dur que jamais pour promouvoir des initiatives comme le FSN, et pour faire en sorte que les nations qui ne sont pas suffisamment desservies aujourd'hui puissent occuper la place qui leur revient dans l'économie mondiale.
 

Réduire la fracture numérique, d'hier et d'aujourd'hui, n'est pas un luxe, mais un impératif.
Je vous remercie de votre attention.