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Dialogue stratégique sur les TIC: Faire face à la crise, 21 Avril
Discours du Dr. Hamadoun I. TOURE, Secrétaire général de l'UIT 


Monsieur le Ministre,
Excellences,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Je vous souhaite la bienvenue au Dialogue stratégique de l'UIT sur les TIC.

Je suis certain de me faire le porte-parole de tous les participants si je dis que je suis très honoré de la présence ici, aujourd'hui, du Ministre Monsieur Mario Lino.
 
Je tiens également à vous adresser mes sincères remerciements, au nom de l'UIT, pour le soutien sans faille et l'accueil chaleureux que nous a réservés l'Administration du Portugal, en accueillant ici à Lisbonne l'édition de 2009 du Forum mondial des politiques de télécommunication. Je suis persuadé que grâce à votre appui dévoué et à votre hospitalité, ce Forum sera couronné de succès.

L'idée d'organiser le FMPT-09 remonte à la Conférence de plénipotentiaires de l'UIT tenue à Antalya en 2006, lorsque les Etats Membres de l'UIT ont manifesté leur intérêt pour les incidences de la convergence et du passage aux réseaux NGN pour le secteur des télécommunications.

Pour répondre à ces préoccupations ainsi qu'aux besoins de ses membres, l'Union a engagé la préparation de ce Forum. Toutefois, depuis lors, la crise financière et la récession économique mondiale ont remis en question les bases mêmes du système financier mondial et mis à l'épreuve nos gouvernements et institutions internationales.

C'est la raison pour laquelle j'ai convoqué ce Dialogue stratégique, avant le Forum, afin d'accorder une attention particulière aux conséquences immédiates de la crise financière, parallèlement aux problèmes à plus long terme que rencontre notre secteur.

Chers collègues,
Comme vous le savez, le monde subit les retombées de l'éclatement de la plus grosse bulle spéculative de l'histoire. La récession économique qui s'en est suivie a fait perdre leur emploi à des millions de personnes et a entrainé un repli marqué du commerce international.

Malgré cette situation économique difficile, je ne suis pas pessimiste.

La crise financière va mettre à l'épreuve de nombreuses entreprises, mais va également, selon moi, donner naissance à de nouveaux organismes, insuffler un nouveau dynamisme aux communications et permettre l'arrivée sur le marché de nouveaux acteurs ainsi que l'apparition de nouveaux modèles commerciaux et de nouvelles technologies.

Toutes les crises ouvrent des opportunités nouvelles.

La Société des Nations est née au lendemain de la Première guerre mondiale.

Les théories économiques et la gestion de la demande prônées par Keynes ont été mises en pratique pour la première fois pendant la Grande Crise.

De la Seconde guerre mondiale, nous avons hérité les institutions issues des Accords de Bretton Woods et un nouveau système de gouvernance mondiale.

Je suis convaincu que cette crise ne sera pas différente et offrira de réelles possibilités à ceux qui seront assez rapides et audacieux pour les saisir.

Le Sommet du G20 qui s'est tenu récemment à Londres a permis de coordonner les mesures prises à l'échelle internationale pour faire face à la crise. Je suis particulièrement satisfait de constater que l'Article 25 de la Déclaration de ce Sommet réaffirme les engagements pris par le G20 à l'égard des pays en développement pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement et invite l'ONU à mettre en place un mécanisme efficace permettant de suivre les effets de la crise sur les plus démunis et les plus vulnérables.

Deux jours après le Sommet du G20, les 4 et 5 avril, les chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies se sont réunis à Paris et ont accueilli favorablement les décisions prises par le G20, tout en se déclarant plus que jamais résolus à prendre d'urgence des mesures décisives.

Certes, différents organismes du système des Nations Unies se sont déjà attelés à cette tâche, ce qui contribue à renforcer le rôle de l'ONU en tant qu'instance sans équivalent qui permet aux pays en développement de jouer leur rôle dans les débats et la définition de scénarios postcrise.

La Conférence de l'ONU sur la crise financière et économique mondiale et son impact sur le développement, qui aura lieu en juin prochain, fera le point sur l'évolution de la situation et continuera d'insister, j'en suis convaincu, sur l'importance d'un contrôle et d'une réglementation accrus du système financier.

Au cours de la réunion du Conseil des chefs de secrétariat tenue à Paris, nous avons adopté neuf initiatives communes pour aider les pays et la communauté mondiale dans son ensemble à surmonter la crise, pour accélérer la reprise et pour ouvrir la voie à une mondialisation plus juste et plus durable.

Je suis fier de dire que l'UIT a pris une part active dans ce processus, en mettant l'accent sur la contribution que les TIC apportent à la création d'emplois, à la croissance économique et à l'amélioration de la productivité et de l'efficacité économiques.

L'UIT contribuera à deux de ces neuf initiatives: l'initiative pour une économie verte et l'initiative relative au Pacte mondial pour l'emploi. Chose plus importante encore: l'UIT prendra la direction de l'initiative relative aux technologies et à l'innovation, conjointement avec l'OMPI et l'ONUDI.

A l'UIT, nous avons lancé notre propre programme de travail pour suivre l'évolution de la crise financière et ses incidences sur le secteur des télécommunications et des TIC et avons publié, en février, notre rapport sur les effets de cette crise. Cependant, les TIC ne subissent pas simplement les retombées de la crise: elles peuvent aussi constituer un élément essentiel de la solution à cette crise.

Les TIC ont un rôle à part entière à jouer pour favoriser la reprise économique. Elles sont un élément moteur de la croissance économique. Les nouvelles techniques de stockage des données, de communication et de transmission ont permis de réaliser des gains de productivité appréciables dans d'autres secteurs économiques.

Conscients de l'importance que revêtent les TIC pour créer de la croissance économique, plusieurs pays ont intégré dans leur plan de relance économique des investissements considérables dans les infrastructures large bande, en plus des systèmes large bande nationaux existants.

Mesdames et Messieurs,

L'UIT organise aujourd'hui ce Dialogue stratégique dans le cadre de son programme de travail, pour réfléchir aux meilleurs moyens de faire face à la crise.

Vos débats seront déterminants pour définir les intérêts stratégiques de l'industrie des TIC en ces temps difficiles. Je vous engage à déterminer les principaux enjeux pour l'industrie tels que vous les concevez, à réfléchir aux conséquences et à formuler des stratégies possibles pour contribuer à atténuer les effets de cette crise pour les principales parties prenantes.

Je souhaite entendre les différents points de vue des opérateurs, des régulateurs et des décideurs sur les meilleurs moyens d'affronter la crise, pour que l'UIT puisse faire ce qu'elle sait faire le mieux, favoriser la réalisation d'un consensus à partir d'opinions divergentes.

Je forme le vœux que le Dialogue stratégique d'aujourd'hui joue un rôle important en aidant le secteur des télécommunications à faire face à la crise.

Ensemble, je suis convaincu que nous pouvons apporter une contribution utile en dégageant des orientations pour notre secteur, tout en tirant les enseignements des connaissances des décideurs et des spécialistes éminents et expérimentés qui vont participer aux quatre sessions d'aujourd'hui, dont chacune fournira des apports concrets à la prochaine édition du rapport de l'UIT sur la crise.

Au cours de la première session, nous nous demanderons si cette crise est différente. Nous examinerons la crise, ses ressemblances et ses différences par rapport aux précédentes, et étudierons les prévisions, si tant est que l'avenir puisse être prévu. Il y a un an, rares sont ceux qui auraient pu imaginer un marasme économique d'une telle ampleur. Aujourd'hui, rares sont ceux qui peuvent en prévoir le dénouement.

Dans notre secteur, et dans la plupart des secteurs financièrement importants des TIC, nous disposons de peu de données historiques. Durant les précédentes récessions, la téléphonie mobile et l'accès Internet à large bande n'étaient pas des services grand public, si bien que la demande des consommateurs pendant une récession n'a jamais été mesurée sérieusement

Il y a des lueurs d'espoir, toutefois, tant globalement que dans notre secteur.

A l'échelle mondiale, il semble que les prix de l'immobilier sur les marchés les plus touchés commencent à se stabiliser et, si ce n'est pas une condition suffisante en soi pour une reprise plus nette, c'est une condition nécessaire.

S'agissant des TIC, je suis heureux de constater que certains gouvernements se sont engagés à développer largement les infrastructures, dans le cadre d'un plan général de relance budgétaire, et à faire davantage pour le monde en développement, en particulier par le truchement d'institutions comme le FMI et la Banque mondiale.

Au cours de la deuxième session, nous examinerons un thème qui m'est particulièrement cher: comment l'investissement et le financement dans le secteur des TIC peuvent contribuer à surmonter la crise.

Il est particulièrement encourageant, comme je l'ai déjà dit, de voir que certains s'engagent à mettre en place de nouveaux réseaux pour combler la fracture numérique, ce qui aura une importance cruciale pour la fourniture d'un accès économique et facile aux services Internet à large bande au cours des années à venir. La coopération public-privé pour le financement de ces nouveaux investissements est impressionnante, surtout dans des domaines clefs comme le partage des infrastructures.

Ceux qui me connaissent savent que je ne crois pas beaucoup à l'aide, mais que je crois plutôt à la création d'environnements favorables à la prospérité des entreprises.

Nos manifestations "Connecter le monde", dont la première a eu lieu en 2007 en Afrique et dont la prochaine aura lieu au Bélarus en novembre, témoignent du succès que peut remporter cette approche favorable aux entreprises, puisqu'elle stimule les économies du monde en développement et l'innovation.

J'ai donc été très encouragé de constater que le 1,1 milliard de dollars promis lors du sommet du G20 tenu à Londres au début du mois iront avant tout aux pays en développement victimes de la crise.

Au cours de la troisième session de cette journée, nous examinerons les stratégies des opérateurs de télécommunication, surtout face à la baisse constante des prix, baisse sensible pour les consommateurs du monde entier et notamment des pays en développement, mais baisse qui accentue la pression subie par les entreprises, surtout en temps de crise. Il sera intéressant d'entendre ce que les régulateurs et les opérateurs auront à dire et de savoir comment le marché réagit à l'évolution de la demande des consommateurs.

Enfin, au cours de la quatrième session, il sera question de l'expérience du secteur privé. Les grands acteurs du secteur des TIC nous donneront les dernières nouvelles et les derniers points de vue de leur secteur, et je me réjouis de la perspective d'en apprendre plus sur les dernières technologies en cours de développement.

Chers collègues,

Tout en reconnaissant les problèmes bien réels auxquels est confronté le monde, et notre secteur, il me paraît important de rester positifs. Et nous avons en fait tout lieu de l'être.

Les télécommunications et l'Internet sont désormais des plates-formes de services vitales, qui sous-tendent le commerce international et le système financier mondial, ainsi que les communications personnelles.

Nous ne devons pas oublier que le secteur des TIC a créé plus d'emplois au cours des 5 dernières années que tout autre secteur de l'industrie.

La demande de téléphonie mobile reste forte, notamment dans les grands marchés émergents que sont le Brésil, la Chine, l'Inde et le Nigéria, qui continuent d'enregistrer une augmentation du nombre d'abonnés.

Les TIC font partie des outils les plus puissants dont disposent les entreprises pour améliorer leur efficacité et réduire leurs coûts. Et les matériels et technologies de communication comme la téléprésence vont prendre de plus en plus d'importance, à l'heure où les entreprises réduisent les déplacements professionnels.

Pour terminer, je voudrais partager avec vous une citation que j'ai lue récemment et dont la pertinence au vu de la crise actuelle m'a frappé, surtout par rapport au rôle des TIC:
"Si nous sommes unis, il y a peu que nous ne puissions faire ensemble. Si nous sommes divisés, il y a peu que nous puissions faire."

Ces paroles ont été prononcées, bien sûr, par John F. Kennedy dans son discours inaugural, il y a près de 50 ans, mais elles restent vraies aujourd'hui.

Dans ce Dialogue stratégique, soyons donc unis, cherchons ensemble des solutions à la crise qui stimuleront l'investissement et la croissance, en particulier dans les pays en développement.