Déclaration de politique générale
de
M. Ahmed Toumi, Directeur général
Organisation internationale des télécommunications par satellite (ITSO)
Lundi, le 18 Mars 2002
Monsieur le Président,
Honorables Délégués,
Permettez-moi, tout d’abord, de remercier les Autorités
turques pour l’excellence de l’accueil réservés aux Délégués et la
qualité des infrastructures mises à leur dispositions. Mes remerciements vont
également à l’endroit Bureau de Développement des Télécommunications pour
l’honneur qu'il m'a fait en m'invitant à s’adresser à cette honorable
Assemblée dédiée à échanger nos points de vue sur un sujet d’une extrême
sensibilité qu’est le Fossé numérique ou Digital Divide.
Je pense que vous convenez avec moi que le Fossé numérique
‘en dépit de tous les efforts déployés à l’UIT et ailleurs ne fait que
malheureusement que s´élargir et s´aggraver. Les indicateurs produits par l’UIT
en est une illustration.
Sans trop aller dans le détail, on peut dire qu´à l’ère
de la Société de l’information et de la communication, le fossé numérique
ne se définit plus comme étant la différence quand à l'accès au seul
service téléphonique, mais peut se définir dorénavant par rapport à l’accès
à l’infrastructure de l’information et de la communication.
L’environnement international des Télécommunications
marqué par la convergence et la mondialisation a eu pour effet d’amener les
Gouvernements à revoir en profondeur les structures d’organisation du secteur
des télécommunications. Après les réformes de libéralisation et
privatisation, les PTT laissent de plus en plus la places à de nouvelles
structures chargées des technologies de l’information et de la communication
(TIC), mettant en œuvre des stratégies dans ce domaine sont approuvées et
suivies au plus haut sommet des Etats.
Notre réunion d’aujourd’hui démontre que la
problématique de la FN est mondiale et ne s'aurait donc s´accommoder d’une
approche strictement nationale. Plus que jamais, la convergence économique et
la mise en place du système multilatéral de commerce (MTS) sous la houlette de
l’OMC exige que soit mis en place une infrastructure mondiale d’information
et de communication. C’est là un devoir si l’on veut donner la chance à
tous de bénéficier des fruits de la croissance de l’économie globalisée.
Plus que jamais donc. Les efforts des Etats, Gouvernements,
Organisations internationales , Secteur privé et secteur public, Organisations
non gouvernementales sont appelés à unir leurs efforts pour réaliser cet
objectif.
C’est dans ce cadre que l’Organisation Internationale de
Télécommunications par Satellites (ITSO), largement connue sous le sigle d’INTELSAT,
qui vient de connaître une profonde restructuration lorsque ses 144 Etats
Membres ont pris, en novembre 2000, la décision historique d’achever la
libéralisation du secteur des télécommunications par satellites et de
privatiser l'activité commerciale par la création d’une société privée.
Et comme toute libéralisation et privatisation doivent
nécessairement s’accompagner d’une prise en compte adéquate du service
public, l’ITSO s’est vue renforcer ses missions de contrôle, supervision et
promotion du service public international de télécommunications par satellites
(IPSS), tout en élevant le statut de ce dernier au rang d’un traité
international.
Ceux parmi nous qui ont participé à la négociation du
processus de restructuration de l’INTELSAT saisissent le poids des mots
utilisés pour définir le contenu et les obligations du service public. Le
concept de service public adopté se différencie du Service universel et cette
différence est de taille. En effet, les négociateurs saisissant toute la
dimension économique et sociétale des TIC sont allés au delà du service
universel parce que au moment où ce dernier a une finalité sociale ( Service
téléphonique minimum, parfois limité à la seule réception et aux appels d’urgence),
le service public quand à lui a une finalité économique. L’OCDE n’a-t-il
pas défini la fracture numérique comme étant le gap entre Individus, ménages
et entreprises et zones géographiques relativement à l’opportunité d’accès
aux TIC et à l’utilisation de l’Internet pour différentes activités.
C’est pourquoi justement la définition du service public
dans le traité de l’ITSO s’est largement inspirée de celle de l’OCDE
puisqu’elle englobe la fourniture, à la fois, des services Voix, données et
Image, dons services multimédia, à tous les pays du monde sans aucune
discrimination et tout en protégeant les connexités vitales.
Monsieur le Président,
Honorables Délégués,
Un autre mot clé dans la définition de l’IPSS, il s’agit,
bien entendu, du Satellite. Il va sans dire que cette technologie, la seule à
pouvoir s’affranchir de la géographie, de la distance et du temps, capable de
servir simultanément l’ensemble du globe, peut, à condition de favoriser les
conditions, constituer l’EPINE dorsale de l’infrastructure mondiale de l’information
et de la communication (GII).
Si j’ai évoqué les moyens nécessaires pour mettre en
valeur l’immense potentiel des télécommunications par satellites aussi bien
pour les pays développés qu’en développement, c’est que l’ITSO, forte
aujourd’hui de ses 148 Etats membres ( tous d’ailleurs membres de l’UIT et
contrôlant presque 100 pour cent des TIC) est résolu à travailler la main
dans la main avec l’Union et ses trois secteurs pour la recherche de solution
et leur mise en œuvre pour la réduction voire – Pourquoi pas- l’élimination
rapide du fossé numérique par justement la mise en place de cette
infrastructure mondiale de l’information et de la communication- tant attendu
depuis la CMDT de Buenos aires-.
Je propose à l’UIT et à tous les acteurs du secteur cinq
chantiers prioritaires :
-
Recherche et Développement ;
-
Normalisation et accès aux ressources Spectre/Orbite ;
-
Accès au marchés ;
-
Concurrence et complémentarité ; et
-
Appui public.
Au niveau de la recherche et développement, la technologie
des satellites restera sûrement limitée tant qu’elle n’intégrerait pas
dans leur conception deux sous-composantes essentielles: il s’agit de la
commutation à bord ( ou communément connu sous l’intelligence embarquée) et
la des liaisons inter-satellites. Ces deux technologies non seulement ferait
rentrer l’industrie des satellites dans le marché de masse grâce à l’émergence
de terminaux VSAT de faible dimension et de prix abordable et capables de
supporter les applications bidirectionnelles multimédia , mais permettent aussi
l’implémentation du concept d’interconnexion entre différents opérateurs
au profit des usagers et de la concurrence.
L’effort de normalisation est à renforcer à un moment où
malheureusement l’industrie des services satellitaires reste parfois
handicapée par des normes propriétaires, empêchant une concurrence active
entre opérateurs et fournisseurs d’équipements.
L’accès à l’Orbite et au Spectre des fréquences
radioélectriques - deux ressources précieuses et limitées - est plus que
jamais compromis par des procédures extrêmement complexes du Règlement des
Radiocommunications. La simplification de ces procédures et la mobilisation de
ressources Orbite/Spectre dédiées à la construction de l’infrastructure
mondiale de l’information et de la communication en vue de résorber le fossé
numérique.
La création d’un marché mondiale pour les services à
satellites reste un défi à relever. Il est paradoxal que constater que l’Industrie
des satellites laquelle est par nature mondiale n’occupe pas la place qu’elle
mérite au sein de l’Accord sur les services de base de l’OMC, car en effet
les engagements spécifiques des Etats en la matière sont rares. Je formule l’espoir
que le nouveau round de négociation issue de la conclusion , l’année
dernière, de la réunion ministérielle de Doha au Qatar permettra de combler
ce déficit.
Monsieur le Président,
Honorables Délégués,
L’infrastructure mondiale de l’information et de la
communication, un des thèmes principaux du Sommet mondial de l’information de
2003/2005 exigerait des investissements lourds en Recherche /Développement,
Infrastructure Haut Débit et Formation, au point qu’aucun opérateur seul ne
peut supporter, plusieurs projets multimédia globaux à satellites connaissent
aujourd’hui des difficultés pour ne pas dire disparaissent. L’ambition de
broadband universel a cédé la place à des projets limités à des marchés à
haute rentabilité.
La leçon à tirer est que pour les besoins de la GII , une
coopération entre opérateurs et acteurs de ce secteur est nécessaire,
coopération qui peut aller jusqu’au partage des coûts de mise en place de
satellites là où la rentabilité n’est pas au niveau souhaité – l’exemple
nous vient tout droit des opérateurs cellulaires et leur expérience en
matière de couverture des zones rurales et d’accès difficile. Je crois que
cette mutualisation d’infrastructures n’est nullement un facteur limitant ou
portant atteinte à la concurrence. Tout au contraire, elle aiderait à stimuler
et élargir le marché et favoriserait une concurrence productive dans les
services qui représentent l’essentiel de la valeur ajoutée des
télécommunications.
Je voudrais enfin insister sur le rôle d’appui que les
Etats peuvent jouer dans la mise en place rapide de la GII. En plus des
législations et réglementations favorables qu’ils sont appelés à
promulguer, la création d’un fond d’universalisation des TIC s'avère
urgent.
En conclusion, Mr. Le Président, Je vous remercie pour votre
attention.
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