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Déclaration du Directeur de l'OFCOM à l'occasion de la CMDT-02

Déclaration
de
M. Marc Furrer, Directeur
Office fédéral de la communication (OFCOM)
Suisse

Mercredi, le 20 mars 2002

J'aimerais commencer par une petite anecdote personnelle, qui illustre bien l'importance vitale des technologies de l'information et de la communication, ou TIC, pour les habitants des pays moins développés:

L'un des mes amis possède une chaîne de magasins en Suisse, qui vend des vêtements fabriqués en Inde, au Bangladesh et en Amérique du Sud. Il achète notamment des pull-overs en laine d'alpaca à des producteurs de l'Altiplano bolivien. Il fut un temps où les livraisons qu'il recevait étaient systématiquement incorrectes - les couleurs, les motifs ou les modèles n'étaient jamais les bons. Puis un jour, ces producteurs de l'Altiplano bolivien se procurèrent un téléphone et un accès à Internet. Aujourd'hui, mon ami peut leur expliquer directement ce qu'il souhaite – et les producteurs boliviens peuvent fabriquer exactement les pull-overs demandés par le marché. Sans l'arrivée d'Internet sur l'Altiplano, mon ami aurait cessé de commercer avec ces producteurs de laine d'alpaca.

Les TIC ont créé une situation où tout le monde est gagnant. Les TIC sont essentielles pour le développement de toutes les économies et de toutes les sociétés de ce monde.

Je pense que nous sommes tous d'accord sur ce point. Mais que faut-il faire pour que les TIC amènent d'autres succès, à la fois rapides et durables, comme celui des "Indios" de l'Altiplano ? Laissez-moi faire ici cinq suggestions substantielles, parce que je pense que nous devons maintenant passer à l'action. Les beaux discours tenus ici à Istanbul ne vont pas apporter de nouveaux téléphones ou de nouveaux accès à Internet si nous ne les accompagnons pas de mesures concrètes.

  1. L'infrastructure des TIC nécessite un financement fiable et durable. C'est un défi lancé à la Banque mondiale, à la communauté des donateurs ainsi qu'aux gouvernements des pays en développement. D'une part, les organes financiers fournissent les ressources nécessaires, assorties de conditions économiques et politiques. D'autre part, les pays ou organisations qui bénéficient de ces ressources et qui doivent remplir les conditions requises ont peut-être une situation et un programme qui ne sont pas nécessairement compatibles avec ces conditions. Il faut donc établir un dialogue entre les donateurs et les bénéficiaires, créer des relations qui permettent à chacun d'y trouver son compte, et élaborer des programmes communs de développement des TIC. Aucune réussite n'est possible sans la coopération, la coordination et le partenariat !

  2. Une infrastructure TIC et une connexion offerte à un prix raisonnable sont des conditions sine qua non pour le développement d'une part et la réduction de la pauvreté d'autre part. Toutefois, l'infrastructure TIC doit être intégrée à une approche plus large de développement durable si on veut qu'elle ait un impact positif sur la pauvreté et les inégalités, tant au niveau local qu'au niveau national. L'expérience montre que le simple développement de l'infrastructure TIC est une approche trop limitée, qui risque fort d'aggraver encore le fossé entre riches et pauvres et entre ceux qui ont accès à l'information et les autres. Se contenter de construire un réseau de téléphonie mobile et de sponsoriser quelques téléphones pour la population ne suffit pas.

  3. Pour surmonter la fracture numérique, il est essentiel d'encourager sur place les capacités humaines et institutionnelles, ainsi que les réseaux locaux. Cela signifie que des efforts particuliers doivent être entrepris pour développer l'éducation et la formation, qui sont nécessaires pour maîtriser la technologie. Par conséquent, nous avons besoin non seulement d'une stratégie en matière de TIC, mais également d'une stratégie en matière d'éducation.

  4. Pour que les TIC deviennent un instrument de développement efficace, il faut multiplier les contenus produits localement et conçus pour la population locale. Cela implique une production et un échange d'information tant au niveaux local que régional. Si le contenu est destiné à la région concernée, il devient accessible à la communauté locale et satisfait ses besoins sociaux, économiques et culturels. Toutefois, la liberté d'expression est une condition préalable essentielle.

  5. Les TIC exigent un contexte de marché ouvert, mais doté d'une solide obligation de service public et d'une réglementation indépendante efficace. Cela permet d'éviter l'apparition de monopoles, soit de l'État, soit de l'industrie, qui contribuent à maintenir des tarifs élevés. Par conséquent, vendre l'ancien opérateur de l'État à l'économie privée sans promouvoir en même temps la concurrence sur le marché des télécoms est très néfaste pour le développement des TIC. En d'autres termes, la privatisation sans la libéralisation entraîne des effets négatifs, ce qui signifie que les règles du marché doivent être adaptées dans de nombreux pays.

J'aimerais dire pour terminer à quel point la Suisse apprécie les efforts entrepris par l'UIT dans le domaine du développement. Nous pensons que cette tâche va devenir de plus en plus importante au sein de l'UIT, et que l'organisation devra intensifier le dialogue et la coopération avec les autres organisations concernées et avec les acteurs du développement. Mais les beaux discours tenus ici et ailleurs doivent être suivis par des actes. Il faut donner tort à cet ami indien qui a déclaré un jour : "Je ne supporte plus toutes ces belles paroles sur le développement des télécoms, parce que je sais que rien ne va se passer".

Et il ne faut pas oublier en effet que plus de la moitié de la population de la planète n'a jamais utilisé un téléphone. Alors faisons quelque chose, apportons du concret dans ce débat. C'est également le but que doit poursuivre le Sommet mondial sur la société de l'information 2003 à Genève. Ce que nous sommes en train de planifier ici à Istanbul doit être mis en œuvre au Sommet de Genève sous la forme d'un plan d'action. Le succès de la conférence d'Istanbul est essentiel pour le succès de Genève, et à son tour le succès de Genève garantira le succès de Tunis.

Enfin, j'aimerais remercier tous ceux qui ont permis la tenue de cette conférence ici à Istanbul, ainsi que le gouvernement turc et le BDT pour la préparation.

 

 

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Mis à jour le 2002-06-13