Question 1
Une mission fondamentale de l’UIT est de
gérer l’utilisation du spectre des fréquences
radioélectriques et des orbites de satellites.
Votre expérience vous a-t-elle préparé à cette
mission pour les années à venir et quelles sont vos
attentes?
Veena Rawat: Mes 35 années d’expérience dans
la gestion du spectre et des orbites de satellite et
dans la recherche et développement m’ont permis d’observer
directement l’évolution des TIC et de comprendre
qu’elles pourraient contribuer à relever certains des plus
grands défis du XXIe siècle.
J’ai débuté en tant qu’ingénieur pour le gouvernement
canadien, spécialiste des problèmes de brouillage
radioélectrique, avant d’occuper des fonctions de direction
qui m’ont amenée à prendre d’importantes décisions
réglementaires et de politiques générales. Tout
au long de ma carrière, j’ai eu l’honneur de contribuer
directement à mettre de nouveaux services de communication
à disposition
des Canadiens.
Travailler sur la
scène internationale
nécessite de solides
capacités de direction
afin de concilier
les différents
objectifs des parties
prenantes. J’ai pu
constater à maintes
reprises qu’en faisant
preuve de détermination et d’impartialité, des terrains
d’entente peuvent être trouvés lors des négociations
mondiales. L’exemple le plus probant est sans doute celui
de la Conférence mondiale des radiocommunications
de 2003 (CMR-03), que j’ai eu l’honneur de présider et
qui a ouvert la voie à des milliards de dollars d’investissement
dans de nouveaux services de communication à
travers le monde.
Je suis actuellement présidente du Centre de recherches
sur les communications. Avec 400 employés et
un budget annuel de 50 millions de dollars canadiens, il
s’agit du plus important organisme public canadien de
recherche et de commercialisation des TIC. Mon expérience
dans la recherche de pointe m’a donné un éclairage
intéressant sur les technologies et services sans fil
de demain et sur les défis et possibilités qui leur sont
associés. Pour exploiter leur potentiel à l’échelle internationale,
il faut conjuguer gestion solide et planification
avisée et renforcer la collaboration avec les parties
prenantes. Mon solide bilan en la matière me permettra
de contribuer à l’élaboration d’un cadre réglementaire
international à la fois réactif, propice et efficace.
Question 2
Quelles sont les grandes tendances qui
se dessinent aujourd’hui et les grands
problèmes qui se posent et qui pourraient,
selon vous, avoir une incidence sur les
radiocommunications? Comment l’UIT devrait réagir
pour conserver son rôle d’instance essentielle où se
règlent les grandes questions relatives au spectre?
Veena Rawat: On distingue aujourd’hui plusieurs
grandes tendances: la croissance de la demande
pour les services mobiles à haut débit et à faible coût
(par exemple, l’Internet, la vidéo et le multimédia), le développement
des infrastructures basées sur les réseaux
convergents, la transformation rapide de l’architecture
du secteur, l’évolution inexorable vers le «tout en ligne»,
l’importance croissante donnée à la protection des renseignements
personnels et la sécurité, et l’impact de la
gestion de l’incidence environnementale.
L’émergence rapide d’une «économie de l’Internet
mobile» et les problèmes d’infrastructure qu’elle pose
illustrent bien les implications de ces tendances. Un des
rôles majeurs de l’UIT sera de répondre à la demande
croissante pour les ressources du spectre et de l’orbite,
et d’harmoniser le spectre au maximum par le biais de
normes et réglementations. Ces règles devront dans le
même temps tenir
compte des besoins
des pays en développement,
qui devront
bénéficier de la flexibilité
nécessaire pour
introduire des solutions
hertziennes au
moment requis et à
un prix abordable.
Alors que la
convergence numérique
continue de bouleverser l’architecture du secteur
des TIC, l’UIT devra compter sur les nouveaux venus tout
comme sur les organisations établies pour répondre rapidement
et efficacement aux besoins qui font jour.
Parvenir à maîtriser les incidences sur l’environnement
est une autre priorité et le changement climatique
constitue à ce titre un problème particulièrement grave
à l’échelle mondiale. Les TIC pourraient contribuer à le
résoudre si l’on adoptait des technologies économes
en énergie et prenait des mesures visant à réduire leur
empreinte carbone. L’UIT peut, en étroite collaboration
avec ses membres, aider à trouver des solutions innovantes
pour que le secteur des TIC devienne climatiquement
neutre.
Question 3
Le paysage des TIC évolue rapidement.
Il sera essentiel d’attirer de nouveaux
Membres de Secteur pour renforcer
l’Union et élargir sa composition afin
qu’elle puisse continuer de répondre aux besoins
d’un marché des TIC en plein essor. Comment peuton
améliorer le système d’adhésion pour attirer et
accueillir de nouveaux membres issus de toutes les
branches d’activité des TIC — acteurs traditionnels
ou nouveaux arrivants sur le marché — tout
en fidélisant les Membres actuels dans les trois
Secteurs?
Veena Rawat: Jamais auparavant autant de secteurs
n’avaient bénéficié des radiocommunications
pour améliorer leur productivité, leur compétitivité
et leur rentabilité. Pour l’UIT, le passage à l’économie
numérique représente ainsi une chance inédite d’augmenter
le nombre de nouveaux adhérents au Secteur.
Qu’il s’agisse de sociétés de services et de conseils
en informatique, de développeurs d’applications ou de
sociétés spécialisées dans les réseaux IP, l’UIT se doit
d’éveiller l’intérêt des nouveaux acteurs en leur démontrant
l’utilité de l’Union et son incidence potentielle sur
leurs activités.
Cela implique d’aller au devant des petites et
moyennes entreprises évoluant dans les marchés spécialisés
(par exemple, le développement de contenus,
la «banque mobile», le film d’animation) et de leur expliquer
l’importance que revêt leur participation aux activités
de l’UIT. Cette dernière peut également diffuser
des informations visant à aider les autres secteurs de
l’économie à utiliser les TIC et, partant, à devenir plus
innovantes et productives.
D’une manière générale, l’UIT doit continuer à chercher
des moyens de s’assurer que l’adhésion à l’Union
n’est pas trop coûteuse et que les besoins de toutes les
parties prenantes sont satisfaits, de manière efficace et
en temps opportun.
Question 4
En 2012, l’UIT organisera la Conférence
mondiale des radiocommunications
(CMR-12). Quelles sont les grandes
questions qui y seront examinées?
Quels sont les défis qui attendent l’UIT et
les possibilités qui s’offrent à elle?
Veena Rawat: Les principales priorités de la
CMR-12 seront de trouver des solutions innovantes
pour faire face à la demande croissante de
ressources du spectre et de l’orbite, de permettre aux
nouveaux services et technologies d’être mis sur le marché
rapidement et à un coût abordable, de favoriser
une utilisation souple du spectre pour les services de
satellite tout en protégeant les investissements dans les
structures existantes, et de modifier les réglementations
actuelles pour faire face à la convergence des services
de radiocommunication.
L’UIT devra relever de nombreux défis, notamment:
parvenir à un consensus entre les différentes parties
prenantes, s’assurer que les délibérations de la CMR-12
prennent en compte le budget et les ressources du plan
stratégique et opérationnel de l’UIT et s’assurer que le
personnel comprend bien les problèmes des membres
et leurs attentes.
Les perspectives sont formidables. La simplification
des règles permettrait à l’UIT de s’affirmer comme un
acteur important du développement mondial de l’économie
numérique et contribuerait à stimuler les investissements
dans le secteur des TIC. Elle ouvrirait également
des possibilités de collaboration entre l’UIT−R et
les autres Secteurs de l’Union.
Question 5
Quelles seront vos grandes priorités au
cours des quatre années à venir?
Veena Rawat: Comme Thomas Edison
l’a si bien dit: «rien ne remplace le travail
». Cette citation a toujours guidé mon action. Voici
mes priorités pour les quatre prochaines années:
Répondre aux attentes des parties prenantes: il est essentiel de cerner correctement les besoins et
attentes de l’ensemble de nos clients. Cela implique
de trouver un équilibre entre les exigences d’un organisme
des Nations Unies et de ses Etats Membres, et
les besoins des participants du secteur privé, fondés
sur la compétitivité. Le meilleur moyen d’y parvenir est
d’organiser des consultations fréquentes avec toutes les
parties, notamment des réunions avec les directeurs des
technologies et directeurs généraux.
Collaboration et partenariat: les vastes connaissances
de l’UIT−R peuvent être partagées avec l’UIT−T
pour continuer d’élaborer des programmes et activités
coordonnés en tenant compte de l’émergence de certains
domaines tels que les TIC vertes, la sécurité des
réseaux ou encore les réseaux et services de transport
«intelligents». L’UIT−R est également en bonne place
pour partager ses connaissances et ses meilleures pratiques
avec l’UIT−D afin d’aider les pays en développement
à renforcer leurs capacités et à mettre en oeuvre
de nouveaux services et technologies. Il sera également
essentiel d’étudier les possibilités de partenariats avec
les organisations non membres de l’UIT, et de les élargir
lorsqu’ils existent déjà.
Améliorer l’accès aux ressources orbitales: l’UIT
peut continuer à améliorer le processus de coordination
des satellites et l’accès à l’orbite
en améliorant les outils de coordination,
en augmentant la transparence,
en poursuivant la collaboration engagée avec les administrations pour améliorer la qualité des données,
en facilitant l’accès à l’orbite des nouveaux Etats Membres ou de ceux qui n’en avaient à ce jour qu’un usage restreint, et
en continuant de favoriser une utilisation plus efficiente de l’orbite et en encourageant à ce titre l’application des Recommandations de l’UIT−R.
Question 6
La structure «fédérale» de l’UIT — qui
comprend le Secrétariat général, le
Secteur des radiocommunications,
le Secteur de la normalisation des
télécommunications et le Secteur du développement
des télécommunications — exige collaboration
et esprit d’équipe. Quelles sont, à votre sens, les
composantes fondamentales d’un bon travail
d’équipe?
Veena Rawat: Les assises du travail d’équipe reposent
sur la définition d’objectifs clairs, une direction
fondée sur des principes et la pleine adhésion des
membres. Au sein de l’UIT, il dépend essentiellement de
la capacité des responsables des trois Bureaux à nouer
des liens entre eux et avec le Secrétariat général. Pour
favoriser cet esprit de collaboration, nous devons laisser
aux autres le temps de s’exprimer et nous entendre sur
un cadre commun pour les débats, qu’ils aient ou non
un caractère officiel.
Les évolutions rapides du marché brouillent les frontières,
notamment entre les fonctions, et vont nous
obliger à modifier la manière dont nous collaborons.
Dans ce contexte, la confiance sera indispensable pour
atteindre nos objectifs communs.
Question 7
On dit
souvent
que la
prospérité
d’une organisation
ou d’une entreprise
passe par une
bonne équipe. Quel
message souhaitezvous
adresser
aux personnes
avec lesquelles
vous serez
amené à travailler pour mettre en oeuvre le Plan
stratégique et les buts stratégiques qu’approuvera
la Conférence de plénipotentiaires pour la période
2012–2015, dans les limites budgétaires qui seront
également arrêtées par cette conférence pour la
même période?
Veena Rawat: Dans mon message au personnel,
j’insisterai sur le fait que la réussite de l’UIT tient
à un certain nombre de facteurs.
Tout d’abord, je suis fermement convaincue qu’il
faut établir une communication claire et ouverte, se
respecter mutuellement, et aider le personnel à comprendre
combien le travail d’équipe est important et
combien son action contribue au succès de l’Union.
Si, au cours des prochaines années, l’UIT veut parvenir
à gérer efficacement les ressources du spectre et de
l’orbite et répondre aux attentes des parties prenantes,
il faudra que soient parfaitement compris les objectifs et
les résultats escomptés du plan stratégique mais aussi
les objectifs et les défis de chaque Secteur de l’UIT et
la manière dont ces secteurs entrent en relation. Pour
cela, il faut trouver des moyens d’établir des partenariats
constructifs, de mener des activités coordonnées
et d’encourager les échanges entre les protagonistes,
au sein de l’UIT et à l’extérieur. Il faudra également
nous tenir informés des transformations rapides et complexes
qui interviennent en matière de technologies, de
réseaux et services, et de convergence.
Je serai attentive aux vues et aux besoins exprimés
par le personnel et m’efforcerai de les aider à mieux
comprendre leurs rôles et responsabilités, notamment
celle de respecter les délais impartis et le budget.
Biographie
Veena Rawat est présidente
du Centre de recherches sur
les communications, le plus
important organisme public
canadien de recherche et de
commercialisation des TIC
(400 employés et un budget
annuel de 50 millions de dollars
canadiens). Elle supervise
la participation du Canada
à de nombreux partenariats
bilatéraux et multilatéraux
de recherche sur les TIC.
Originaire de l’Inde,
Mme Rawat est venue
s’installer au Canada où elle
a été la première femme à
obtenir un doctorat en génie
électrique de l’Université
Queen’s. Au cours de ses
35 ans d’expérience, elle a eu
l’occasion de gérer d’importants
programmes d’ingénierie et
de planification du spectre
et des télécommunications
et contribué à élaborer des
réglementations sur les services
de Terre et spatiaux. Elle a
été au centre d’importantes
décisions réglementaires et de
politiques générales qui ont
permis de lancer de nouveaux
services de communication
aux niveaux national et
international et de renforcer
les liens entre les organisations
nationales et internationales.
Mme Rawat a dirigé de
nombreuses délégations
et mené des négociations
à l’UIT−R et dans d’autres
instances internationales.
Elle est l’actuelle présidente
de la Commission d’études
de l’UIT chargée des services
par satellite. En 2003, elle a
présidé la Conférence mondiale
des radiocommunications
(CMR-03), ce qui lui a valu
la médaille d’or de l’UIT.
reconnue de la gestion du
spectre et des TIC, Mme Rawat
a été conférencière d’honneur
ou invitée d’environ
100 événements nationaux et
internationaux depuis 1995.
Elle a reçu de nombreuses
distinctions, notamment en
2004, le prix de Femme de
l’année par l’Association
canadienne des femmes
en communications.
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