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Elections à la Conférence de plénipotentiaires de 2010: Faites connaissance avec les candidats
Entretien avec François Rancy (France)
Candidat au poste de Directeur du Bureau de radiocommunications
 
François Rancy
Photographe: © Eric Flogny

Question 1

Une mission fondamentale de l’UIT est de gérer l’utilisation du spectre des fréquences radioélectriques et des orbites de satellites. Votre expérience vous a-t-elle préparé à cette mission pour les années à venir et quelles sont vos attentes?

François Rancy: J’ai consacré la première partie de ma carrière à la conception des systèmes à satellites et à la coordination des fréquences de ces systèmes, au sein d’équipes du centre de recherche de France Telecom qui étaient à la pointe du développement des technologies numériques. Depuis 1992, en tant que responsable du Bureau des fréquences, puis comme Directeur des affaires internationales de l’Agence nationale des fréquences (ANFR), j’ai participé aux conférences de radiocommunications de l’UIT, en contribuant très activement aux travaux de l’UIT−R sur les aspects techniques comme sur les aspects réglementaires et de procédure, avec la chance de pouvoir compter sur le soutien d’équipes d’ingénieurs et de techniciens de grand talent.

Comme Directeur général de l’ANFR depuis 2004, je suis responsable de la gestion des fréquences en France. En 2007, j’ai présidé la Conférence mondiale des radiocommunications, où des décisions essentielles ont été prises pour l’avenir, concernant en particulier le service mobile.

Enfin, j’ai toujours eu le souci de partager les connaissances acquises dans ces activités, à travers l’enseignement, la consultance et la coopération internationale. Mon engagement personnel avec un grand nombre de pays témoigne de ma compréhension des attentes et des préoccupations des administrations et des Membres du Secteur.

Mon expérience dans les radiocommunications et la gestion du spectre m’a donc permis de maîtriser l’ensemble des aspects techniques, réglementaires et de gestion relatifs à l’activité du Directeur du Bureau des radiocommunications (BR). Aider les pays du monde à travailler ensemble pour tirer le meilleur parti des radiocommunications a été mon objectif permanent pendant mes 30 années de carrière. J’espère poursuivre cet objectif en tant que Directeur du BR.


Question 2

Quelles sont les grandes tendances qui se dessinent aujourd’hui et les grands problèmes qui se posent et qui pourraient, selon vous, avoir une incidence sur les radiocommunications? Comment l’UIT devrait réagir pour conserver son rôle d’instance essentielle où se règlent les grandes questions relatives au spectre?

François Rancy: La principale évolution des radiocommunications est l’explosion des communications mobiles. Cette explosion demande un accès à toujours plus de spectre pour le service mobile, ce qui exigera de l’UIT à la fois l’ouverture de nouvelles bandes de fréquences au service mobile et la prise en compte de solutions innovantes telles que les radios cognitives pour assurer un partage avec les autres services. Cette évolution fait aussi que la question de l’exposition du public aux champs électromagnétiques est maintenant prégnante dans tous les pays et demande des réponses adaptées.

La mondialisation des marchés permet de réaliser des économies d’échelle considérables, qui sont à la base du développement fulgurant des communications mobiles. Dans ce contexte, le rôle premier de l’UIT est d’assurer l’harmonisation des fréquences à l’échelle mondiale, afin qu’elle profite à tous les pays.

Par ailleurs, le passage à la télévision numérique et l’arrêt de la diffusion analogique constituent un défi technique et social, rendu plus délicat du fait des décisions à prendre sur le dividende numérique dans une perspective de réduction de la fracture numérique.

Enfin, dans le domaine des communications spatiales, qui sont essentielles à la radiodiffusion et aux communications entre de nombreux pays, l’UIT doit assurer la gestion la plus efficace possible de la ressource orbite/spectre, avec des procédures adaptées qui permettent à tous les pays qui en ont besoin, et notamment les plus dépendants en terme de connexité mondiale, un accès à l’orbite.

Face à tous ces défis, l’UIT a un rôle crucial à jouer. Elle le fera d’autant mieux qu’elle favorisera les échanges entre ses membres. Lors des nombreuses discussions que j’ai eues ces derniers mois, et notamment à la dernière Conférence mondiale de développement des télécommunications, j’ai été frappé par le très vif intérêt des administrations pour un partage direct d’expérience sur tous ces sujets, où la composante technique n’est pas toujours la plus importante.

Mon expérience de la R&D et de l’enseignement m’a appris l’importance du partage du savoir. L’UIT peut faire beaucoup plus dans ce domaine comme catalyseur de tels échanges, sans nécessairement que cela signifie des dépenses supplémentaires pour l’Union.


Question 3

Le paysage des TIC évolue rapidement. Il sera essentiel d’attirer de nouveaux Membres de Secteur pour renforcer l’Union et élargir sa composition afin qu’elle puisse continuer de répondre aux besoins d’un marché des TIC en plein essor. Comment peuton améliorer le système d’adhésion pour attirer et accueillir de nouveaux membres issus de toutes les branches d’activité des TIC — acteurs traditionnels ou nouveaux arrivants sur le marché — tout en fidélisant les Membres actuels dans les trois Secteurs?

François Rancy: C’est en faisant mieux connaître les solutions concrètes qu’il apporte aux défis des radiocommunications que l’UIT−R pourra attirer de nouveaux Membres de Secteur. L’Union doit promouvoir une meilleure connaissance des résultats de ses travaux en facilitant leur accès et en les mettant en valeur lors des séminaires qu’elle organise ou qu’elle contribue à organiser.

L’UIT−R a ainsi déjà réussi à attirer le secteur des communications mobiles cellulaires en fournissant le cadre et le dynamisme nécessaires à l’harmonisation. Il peut attirer d’autres branches de l’industrie souhaitant également une harmonisation mondiale. Aujourd’hui, même les petites et moyennes entreprises raisonnent en termes de marché mondial et l’UIT peut s’imposer comme un vecteur du développement de ces entreprises grâce à un accès et à un fonctionnement rénovés et simplifiés.


Question 4

En 2012, l’UIT organisera la Conférence mondiale des radiocommunications (CMR-12). Quelles sont les grandes questions qui y seront examinées? Quels sont les défis qui attendent l’UIT et les possibilités qui s’offrent à elle?

François Rancy: La CMR-12 doit permettre de répondre à tous les besoins, notamment à ceux exprimés par l’aviation civile, la navigation maritime ou les services scientifiques.

Je suis particulièrement sensible au point qui porte sur le dividende numérique, pour lequel je me suis personnellement impliqué lors de ma présidence de la CMR-07 et dans mes responsabilités nationales et européennes. Il illustre le besoin récurrent depuis 20 ans de dégager les nouvelles ressources nécessaires au développement des services mobiles et le rôle clé de l’UIT dans ce domaine, où l’harmonisation internationale est absolument essentielle, mais toujours très longue et diffi cile à réaliser.

La CMR-12 poursuivra également une réflexion d’ensemble sur le cadre réglementaire international des radiocommunications. Les travaux sur ce point reflètent à la fois l’importance et la solidité du cadre actuel et une demande toujours plus pressante pour que le Règlement des radiocommunications soit suffisamment souple et pour éviter ou supprimer toute disposition superflue.

Enfin, je pense que la CMR-12 démontrera une nouvelle fois le rôle capital de l’UIT dans le développement des services spatiaux. Les efforts actuels du BR pour assurer le strict respect des procédures et l’intégrité du Fichier de référence international des fréquences ouvrent la voie à l’adoption par la Conférence de dispositions nouvelles propres à faciliter l’accès de tous les pays aux ressources orbite/spectre.


Question 5

Quelles seront vos grandes priorités au cours des quatre années à venir?

François Rancy: Les défis auxquels sera confrontée l’UIT sont nombreux et les administrations auront à prendre dans les prochaines années des décisions difficiles, notamment sur le dividende numérique et le déploiement de la diffusion numérique de télévision. Elles attendent de l’UIT une assistance à laquelle le BR doit contribuer, compte tenu de sa compétence en la matière.

Il faut également accompagner le développement des réseaux mobiles, d’une part, en continuant à attribuer le spectre nécessaire au service mobile et, d’autre part, en fournissant un cadre à l’harmonisation mondiale qu’il s’agisse des Plans de fréquences et des conditions techniques d’utilisation ou des recommandations sur les technologies harmonisées.

Pour les services spatiaux, il faut à la fois poursuivre les efforts entrepris par le Bureau pour nettoyer le Fichier de référence international des fréquences et faciliter l’accès de tous les pays qui le souhaitent à la ressource orbite/spectre.


Question 6

La structure «fédérale» de l’UIT — qui comprend le Secrétariat général, le Secteur des radiocommunications, le Secteur de la normalisation des télécommunications et le Secteur du développement des télécommunications — exige collaboration et esprit d’équipe. Quelles sont, à votre sens, les composantes fondamentales d’un bon travail d’équipe?

François Rancy: Chacun des Secteurs de l’UIT a sa propre raison d’être. Pour le Secteur des radiocommunications, c’est l’importance d’une réglementation mondiale pour assurer un accès équitable aux ressources spectrales et orbitales mais aussi celle de l’harmonisation mondiale du spectre pour les économies d’échelle et l’itinérance.

Mais ces trois Secteurs fonctionnent au sein d’une seule organisation, ce qui permet d’assurer le fonctionnement efficace, la coopération, les échanges et l’enrichissement mutuel entre eux, sous la houlette du Secrétariat général, garant de cette coopération et de cette unité. Cela demande évidemment que les cinq fonctionnaires élus par la Conférence de plénipotentiaires travaillent dans un esprit d’équipe et de collaboration et de confiance mutuelle, en partageant la même vision.

Ce modèle reflète l’application du grand principe de l’UIT, qui est celui du consensus, du respect et de la prise en compte de tous les points de vue pour parvenir à une décision. Je connais bien et j’estime à la fois les titulaires actuels de ces postes et les autres candidats. Je n’ai pas de doutes sur notre capacité à travailler ensemble dans le respect de tous les principes de l’UIT.


Question 7

On dit souvent que la prospérité d’une organisation ou d’une entreprise passe par une bonne équipe. Quel message souhaitez-vous adresser aux personnes avec lesquelles vous serez amené à travailler pour mettre en oeuvre le plan stratégique et les buts stratégiques qu’approuvera la Conférence de plénipotentiaires pour la période 2012−2015, dans les limites budgétaires qui seront également arrêtées par cette conférence pour la même période?

François Rancy: L’un des atouts majeurs de l’UIT est de disposer d’un personnel d’un très haut niveau de compétence et d’expertise. Je n’ai aucun doute sur sa capacité à faire face aux défis qui attendent l’Union dans les prochaines années.

Le principal défiest lié aux contraintes qui pèsent sur le budget de l’Union. Pour y répondre, une réflexion permanente est nécessaire sur la meilleure façon de réaliser les activités confiées au BR en atteignant les objectifs fixés par la Conférence de plénipotentiaires. Les méthodes récentes de gestion par la qualité permettent d’accompagner cet effort, dans le cadre d’une concertation permanente, impliquant l’ensemble des agents concernés. J’ai mis en oeuvre ces méthodes avec succès ces dernières années au sein de l’Agence dont j’ai la responsabilité.

C’est ensemble que nous construirons l’avenir des radiocommunications.


Biographie

François Rancy est ingénieur, diplômé de l’Ecole polytechnique (1977) et de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications (Paris, 1979).

De 1979 à 1997, ingénieur système puis chef de département aux laboratoires de recherche de France Telecom, il est responsable des études de systèmes à satellites nationaux et internationaux et des activités relatives au spectre et à la réglementation de ces systèmes. A partir de 1992, ses responsabilités sont étendues à l’ensemble des radiocommunications.

De 1997 à 2004, il est Directeur de la Planification du spectre et des affaires internationales à l’Agence nationale des fréquences (ANFR). Depuis 2004, il est le Directeur général de l’ANFR, responsable de la gestion du spectre en France.

la coordination des délégations européennes (CEPT) à la CMR-03 et préside le groupe sur la politique de gestion du spectre de l’Union Européenne (RSPG) en 2007. Il préside la Commission spéciale de l’UIT−R sur les questions réglementaires et de procédure de 1997 à 2003 et la Conférence mondiale des radiocommunications en 2007.

François Rancy est titulaire de la Médaille d’argent de l’UIT (2007), Chevalier de la Légion d’honneur (1998) et de l’Ordre national du mérite (1992).

 

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