Question 1
Une mission fondamentale de l’UIT est de
gérer l’utilisation du spectre des fréquences
radioélectriques et des orbites de satellites.
Votre expérience vous a-t-elle préparé à cette
mission pour les années à venir et quelles sont vos
attentes?
Fabio Leite: Mon principal atout réside dans ma
double expérience: j’ai d’abord travaillé dans les
radiocommunications sur le plan national, au Brésil,
avant de rejoindre l’UIT où j’ai traité de questions de portée
mondiale à des niveaux croissants de responsabilité.
Au Brésil, j’ai exercé pendant de nombreuses années
des fonctions chez un opérateur TIC (Membre de Secteur
de l’UIT−R) et dans l’administration, avant de devenir
fonctionnaire de l’Union. J’ai été délégué du Brésil à plusieurs
réunions et conférences de l’UIT, et j’ai également
été chargé de l’application du Règlement des radiocommunications
aux réseaux à satellite brésiliens. A ce titre,
j’ai préparé les fiches de notification qui doivent être
soumises à l’UIT et participé à différentes réunions de
coordination avec d’autres pays et organisations internationales.
J’ai par ailleurs été élu Vice-Président de la
Commission d’études 4 de l’UIT−R et présidé le groupe
de préparation national correspondant.
Arrivé à Genève en 1987, j’ai d’abord évolué au sein
du Bureau des radiocommunications (BR), où j’ai successivement
occupé les fonctions d’ingénieur, de chef
de projet et de secrétaire-conseiller aux conférences
plénières. J’ai ensuite assumé les plus hautes responsabilités
en qualité d’Adjoint au Directeur du BR et de chef
du Département de l’informatique, de l’administration
et des publications (IAP) du BR. Adjoint au Directeur du
BR depuis plus de 5 ans, j’appartiens à la haute direction
de l’UIT et participe à ce titre au Comité de gestion et de
coordination de l’Union et à d’autres groupes de haut
niveau.
Compte tenu de l’importance croissante des radiocommunications
et de la demande de nos membres,
qui souhaitent bénéficier d’un accès équitable aux
ressources limitées du spectre et de l’orbite et pouvoir
les utiliser de manière efficace, dans le respect des besoins
distincts des économies matures et émergentes,
le Directeur du BR devra posséder une compréhension
approfondie des besoins des pays et adopter une approche
impartiale assurant un traitement équitable de
toutes les parties.
Question 2
Quelles sont les grandes tendances qui
se dessinent aujourd’hui et les grands
problèmes qui se posent et qui pourraient,
selon vous, avoir une incidence sur les
radiocommunications? Comment l’UIT devrait réagir
pour conserver son rôle d’instance essentielle où se
règlent les grandes questions relatives au spectre?
Fabio Leite: Les radiocommunications sont au
coeur de la révolution des TIC. Celle-ci se caractérise
par des transformations technologiques rapides,
l’explosion de la demande, l’émergence de nouvelles applications,
la convergence des services et l’apparition de
nouvelles configurations de déploiement, lesquelles ont
une incidence directe sur le cadre fixé par le Règlement
des radiocommunications. Les études actuellement
menées en vertu de la Résolution 951 (Rév. CMR-07)
visent à trouver des moyens d’améliorer le cadre réglementaire
à la lumière de ces défis. Les membres devraient
adopter de nouvelles méthodes à cet effet lors
de la Conférence mondiale des radiocommunications de
2012 (CMR-12).
Le processus des CMR pour mettre à jour le
Règlement des radiocommunications a évolué: les
conférences sont plus courtes et les ordres du jour plus
complexes. Il continue toutefois de répondre efficacement
et en temps opportun aux besoins des membres
de l’UIT, s’agissant par exemple des exigences réglementaires
et relatives au spectre des IMT-2000, du projet
de l’UIT sur les communications mobiles 3G, mais aussi
du large bande hertzien, du Wi-fiet des réseaux locaux
hertziens, des stations placées sur des plates-formes à
haute altitude, des systèmes mobiles à satellites et de
nombreux autres services à vocation commerciale ou
scientifique ou destinés à assurer la sécurité. Plusieurs
conférences de planification ont en outre permis d’attribuer
le spectre nécessaire pour certains services et
applications spécialisés. L’Accord GE06 a par ailleurs été
conclu en 2006 à l’occasion de la Conférence régionale
des radiocommunications; il offre un cadre institutionnel
pour l’introduction de la radiodiffusion numérique.
Pour que les conférences répondent aux besoins
des membres de l’UIT, il faut que les enjeux en soient
bien compris. Des activités préparatoires efficaces doivent
donc être organisées, fondées sur la collaboration
formelle et informelle entre les Etats Membres et les
Membres de Secteur, et en particulier les Commissions
d’études de l’UIT−R et les groupes régionaux.
L’accès aux ressources du spectre et de l’orbite
constitue l’un des principaux défis en matière de réglementation.
Il s’agit d’un aspect essentiel pour les entreprises
et les projets relevant du secteur des satellites,
notamment dans les pays en développement. Ces dernières
années, il est devenu de plus en plus difficile pour
les administrations d’obtenir de nouvelles fréquences et
positions orbitales géostationnaires adéquates — pour
les services par satellite planifiés comme non planifiés
— et de parvenir à les coordonner pleinement en appliquant
les dispositions pertinentes du Règlement des
radiocommunications. L’utilisation abusive de la réglementation
pourrait également menacer la prospérité
du secteur des satellites en bloquant l’exploitation des
réseaux à satellite réels. Pour continuer d’inscrire les
assignations de fréquence dans le Fichier de référence
international des fréquences, et s’assurer que les fréquences
et les positions orbitales associées à ces assignations
soient compatibles et ne provoquent pas de
brouillages, tous les membres de l’UIT doivent rechercher
des moyens d’améliorer les procédures qui régissent
l’accès à l’orbite et au spectre, de s’adapter aux
nouvelles technologies et de répondre aux demandes
légitimes de systèmes établis, nouveaux et futurs.
L’UIT−R a plaidé avec succès pour l’adoption mondiale
des normes sur les technologies mobiles 3G fondées
sur la plate-forme IMT-2000. Il doit aujourd’hui
terminer la sélection des spécifications des interfaces
radioélectriques de prochaine génération pour les systèmes
IMT évolués (ou 4G). D’autres travaux importants
doivent également être menés pour trouver un accord
sur des Recommandations de l’UIT−R relatives aux nouvelles
technologies de radiodiffusion (télévision 3D par
exemple), aux systèmes à satellites (telle la radionavigation)
et aux applications radioscientifiques.
Avec la croissance du marché des services et des applications
de TIC dans les pays en développement, il est
plus urgent que jamais de combler le fossé de la normalisation.
Le BR doit travailler en étroite coordination
avec le TSB et le BDT afin d’élaborer des stratégies et de
mettre en oeuvre des mesures visant à renforcer les capacités
des pays en développement à établir des normes
nationales. J’entends également réexaminer les objectifs
et les modalités de la participation du BR aux organisations
de normalisation (en particulier, la Collaboration
pour la normalisation mondiale et la Coopération en
matière de normes mondiales).
Question 3
Le paysage des TIC évolue rapidement.
Il sera essentiel d’attirer de nouveaux
Membres de Secteur pour renforcer
l’Union et élargir sa composition afin
qu’elle puisse continuer de répondre aux besoins
d’un marché des TIC en plein essor. Comment peuton
améliorer le système d’adhésion pour attirer et
accueillir de nouveaux membres issus de toutes les
branches d’activité des TIC — acteurs traditionnels
ou nouveaux arrivants sur le marché — tout
en fidélisant les Membres actuels dans les trois
Secteurs?
Fabio Leite: L’UIT possède un atout unique face à
l’évolution rapide du secteur des TIC: le secteur
privé et les organisations gouvernementales et nongouvernementales
peuvent participer à ses activités aux
côtés des Etats Membres. Je sais d’expérience que les
synergies qui découlent de cette étroite interaction apportent
une contribution très positive au travail réalisé
par l’UIT dans le domaine de la réglementation des radiocommunications
et de la normalisation. Le processus
de prise de décisions, qui relève des Etats Membres,
bénéficie de l’angle de vue pragmatique dont disposent
les Membres de Secteur sur les aspects techniques et
opérationnels.
A mon sens, le meilleur moyen de susciter de nouveaux
Membres au Secteur des radiocommunications
est de faire plus largement connaître les avantages qui
découlent de ces synergies. Il est également nécessaire
de diffuser la «culture de l’UIT» dans le monde universitaire.
En effet, les étudiants et les chercheurs d’aujourd’hui
seront les dirigeants et décideurs de demain.
Ils doivent connaître le rôle de l’UIT et les avantages à
en être Membre. Il convient enfin d’encourager, dans
les pays en développement, le secteur privé des TIC à
prendre une part plus active aux travaux de l’UIT et à
profiter ainsi des synergies qui découlent de la coopération
au sein d’une organisation intergouvernementale.
Question 4
En 2012, l’UIT organisera la Conférence
mondiale des radiocommunications
(CMR-12). Quelles sont les grandes
questions qui y seront examinées?
Quels sont les défis qui attendent l’UIT et
les possibilités qui s’offrent à elle?
Fabio Leite: La CMR-12 sera consacrée à un large
éventail de services de radiocommunication, ainsi
qu’à un certain nombre de questions techniques et réglementaires.
A titre d’illustration, les débats devraient
porter notamment sur les sujets suivants: questions de
sécurité relatives à l’utilisation du spectre des bandes
des ondes métriques et décimétriques, L et C; demande
croissante de spectre et de réglementation pour les systèmes
d’aéronef sans pilote; critères mondiaux d’utilisation
des radiocommunications pour améliorer la sécurité
des navires et des ports; adaptation aux technologies
numériques avancées (sans nuire pour autant à la sécurité
de la bande des ondes décamétriques); utilisation
des radiocommunications dans le contrôle environnemental
et la prévention des catastrophes naturelles; défi
nition des procédures de réglementation applicables
à la bande 21,4–22,0 GHz pour les satellites de radiodiffusion;
harmonisation du spectre pour les reportages
d’actualité électroniques. La question très complexe de
l’utilisation de la bande 790−862 MHz devrait également être abordée, et notamment le «dividende numérique
» résultant du Plan GE06.
Deux questions méritent une attention particulière
en raison de leur complexité et de leur large portée:
l’examen du cadre réglementaire international, d’une
part, et les règles particulières applicables aux réseaux
à satellite d’autre part. Il est en effet à craindre que
les procédures réglementaires applicables aux services
spatiaux ne permettent plus d’assurer l’utilisation équitable,
efficace et rationnelle des ressources limitées du
spectre et de l’orbite.
Le succès de la CMR-12 aurait pour effet d’améliorer
l’image de l’UIT. Il renforcerait ainsi la confiance dans
la capacité de l’Union à conserver sa prééminence en
tant que responsable du cadre réglementaire mondial
régissant le développement et la mise en oeuvre des systèmes
de radiocommunication.
Question 5
Quelles seront vos grandes priorités au
cours des quatre années à venir?
Fabio Leite: La grande priorité du
Bureau des radiocommunications est
sans aucun doute de favoriser la coopération et la coordination
entre les membres en instituant des lieux de
dialogue où ils peuvent travailler ensemble pour leur
bénéfice commun.
L’accent sera porté, bien entendu, sur la CMR-12.
Le Directeur du Bureau des radiocommunications devra
guider le secrétariat dans l’organisation et le bon déroulement
de la Réunion de préparation à la Conférence,
prévue au premier trimestre 2011. L’année 2011 sera
ensuite dominée par les travaux préparatoires en vue
de la CMR-12.
Parmi les priorités figurent également les réunions
du Comité du Règlement des radiocommunications
et l’Assemblée des radiocommunications de 2012
(AR-12) qui déterminera la structure et le programme
de travail des Commissions d’études de l’UIT−R pour le
nouveau cycle.
Je souhaite renforcer les activités d’assistance du
BR. Il s’agit de répondre aux attentes de plus en plus
importantes des membres, lesquels souhaitent mieux
comprendre les systèmes de connaissance de l’UIT−R et
pouvoir les utiliser plus facilement, s’agissant en particulier
des procédures du Règlement des radiocommunications,
des Recommandations et des applications logicielles.
J’entends également rationaliser les processus
du Bureau et améliorer les outils dont il dispose, l’objectif
étant de disposer de systèmes d’information améliorés,
transparents, mobiles et sécurisés, notamment
pour les logiciels et bases de données administratives
et d’examen technique. Compte tenu des exigences sur
le plan linguistique et des besoins particuliers des différents
membres, améliorer la qualité des publications de
l’UIT−R — y compris sur le plan du respect des délais —
constitue une entreprise particulièrement délicate.
Il conviendrait d’avoir toujours à l’esprit le double
objectif d’encourager la participation des pays en développement
aux activités de l’UIT−R et de favoriser la
coopération entre les Membres en matière de technologies
et de réglementation.
Question 6
La structure «fédérale» de l’UIT qui
comprend le Secrétariat général, le
Secteur des radiocommunications,
le Secteur de la normalisation des
télécommunications et le Secteur du développement
des télécommunications, exige collaboration et
esprit d’équipe. Quelles sont, à votre sens, les
composantes fondamentales d’un bon travail
d’équipe?
Fabio Leite: Dans toute organisation, l’exemple
doit venir d’en haut si l’on veut un travail d’équipe
efficace. Pour l’UIT, cela signifie que les fonctionnaires
élus et la haute direction doivent travailler de manière
concertée, en harmonie, et oeuvrer ainsi au renforcement
de la collaboration entre les Secteurs dans un véritable
esprit de coopération. Le Comité de coordination
joue un rôle central pour veiller à la bonne application
de ce principe.
Les activités intersectorielles fournissent aux Bureaux
et au Secrétariat général d’excellentes occasions d’oeuvrer
ensemble à la réalisation d’objectifs communs, et
contrebalancent l’isolement qui découle naturellement
de toute structure fédérale.
Les grands principes stratégiques établis par la direction
de l’organisation — qui se fondent sur les missions
dont les membres sont convenus — contribuent également
à mobiliser les équipes. Ainsi, le slogan «Tirer parti
du large bande», qui a donné son nom à une initiative
récente, invite implicitement chaque Bureau à apporter
sa pierre à l’édifice.
Question 7
On dit souvent que la prospérité d’une
organisation ou d’une entreprise passe
par une bonne équipe. Quel message
souhaitez-vous adresser aux personnes
avec lesquelles vous serez amené à travailler
pour mettre en oeuvre le Plan stratégique et les
buts stratégiques qu’approuvera la Conférence
de plénipotentiaires pour la période 2012–2015,
dans les limites budgétaires qui seront également
arrêtées par cette conférence pour la même
période?
Fabio Leite: La qualité de notre personnel est la
marque de fabrique du Bureau des radiocommunications.
La complexité des tâches techniques et administratives
dont nous nous acquittons nécessite un
grand professionnalisme et de solides compétences.
Pour appliquer les procédures du Règlement des radiocommunications,
gérer la base de données du Fichier
de référence international des fréquences, et mener à
bien les autres tâches d’exécution, il convient de posséder
un solide bagage en réglementation, ingénierie et
informatique. Compte tenu de l’évolution continue des
TIC, les fonctionnaires du BR doivent également se tenir
informés des derniers développements des technologies
hertziennes et en matière de réglementation.
Améliorer encore la qualité des ressources humaines
du Bureau va constituer l’une de mes priorités. Mon objectif
ultime est de mettre en place un cadre de travail
constructif, fondé sur la motivation et l’enthousiasme,
en vue de fournir à nos membres les meilleurs services
possibles.
Biographie
Fabio Leite possède une
riche expérience dans les
radiocommunications. Il a
assumé diverses responsabilités
en ce domaine, au sein de
l’UIT et dans les secteurs
public et privé de son pays
d’origine, le Brésil.
Avant de rejoindre l’UIT,
M. Leite a travaillé pour
EMBRATEL, l’opérateur brésilien
de télécommunications longue
distance. Il était chargé de
l’ingénierie du système de
communication du premier
système à satellites national,
BRAZILSAT. M. Leite a veillé
à l’application du Règlement
des radiocommunications aux
réseaux à satellite brésiliens.
A ce titre, il a préparé les fiches
de notification qui doivent être
soumises à l’UIT et participé
à différentes réunions de
coordination avec d’autres pays
et organisations internationales.
De 1980 à 1987, il a participé
à de nombreuses conférences
et réunions de l’UIT sur
les radiocommunications,
en qualité de délégué du
Brésil chargé des questions
techniques et réglementaires.
Il a été élu en 1986 Vice-
Président de la Commission
d’études de l’UIT–R chargée
des services par satellite.
M. Leite est actuellement
Adjoint au Directeur du Bureau
des radiocommunications,
dont il dirige le Département
de l’informatique, de
l’administration et des
publications. Depuis qu’il
a rejoint l’UIT en 1987,
il a travaillé comme
ingénieur spécialisé dans les
communications par satellite et
comme conseiller en services
de radiocommunication
mobiles et systèmes fixes
hertziens. Il a également dirigé
le projet lancé par l’UIT sur
les communications mobiles
de troisième génération
(Télécommunications mobiles
internationales-2000,
IMT-2000). Il a occupé les
fonctions de secrétaire
exécutif lors de plusieurs
conférences mondiales
des radiocommunications
organisées par l’Union. Il
est titulaire d’une maîtrise
en génie électrique avec
une spécialisation en
télécommunications.
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