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Un regard sur les villes numériques
Stockholm, Sweden
 
 
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Photographe: © Mauricio Hora
Stockholm repose sur quatorze îles situées sur la côte Sud-centre-est de la Suède. Le nom de la ville en explique l’origine: il s’agissait d’une forteresse en rondins «stock» construite sur une île «holm» qui défendait l’accès au lac Mälaren

Stimuler la concurrence grâce à un réseau large bande ouvert

Stockholm est devenue l’un des premiers centres du monde pour les technologies de l’information et de la communication (TIC) et offre à ses habitants des services inédits. Qu’est-ce qui explique le succès de cette ville?

L’édition 2010 du rapport de l’UIT, Mesurer la société de l’information, place la Suède au premier rang pour ce qui est des TIC. L’accès des ménages aux ordinateurs et à l’Internet est excellent, le taux de pénétration de l’Internet étant d’environ 88%. Sorti en février 2010, le rapport de l’UIT donne à penser que la Suède conservera vraisemblablement cette première place pour le développement des TIC. À titre d’exemple: l’opérateur suédois TeliaSonera a été le premier au monde à lancer des services commerciaux de quatrième génération (4G) — en Suède et en Norvège, en décembre 2009. On trouvera dans le rapport le dernier Indice de développement des TIC et le Panier des prix TIC — deux repères qui permettent de suivre l’évolution de la société de l’information dans le monde entier. L’Indice classe 159 économies.

Un rapport publié par le Forum économique mondial en mars 2010 classe également la Suède au premier rang pour les TIC. Le rapport du Forum classe 133 pays en fonction de leur capacité d’utiliser les services TIC pour atteindre une croissance économique durable et favoriser l’innovation et l’éducation de leurs habitants. «Cela nous arrive souvent», dit Torbjörn Bengtsson, responsable de la promotion des TIC pour l’agence suédoise de promotion des investissements, en apprenant que son pays était également arrivé en première place dans le classement du rapport mondial du Forum sur la technologie de l’information.

«Nous sommes les premiers sur plusieurs plans, dont, par exemple, l’utilisation de la technologie; quant à l’infrastructure mobile, nous sommes toujours parmi les premiers ». M. Bengtsson et ses collègues du Business Region Development de Stockholm ne s’en étonnent plus guère puisque c’est depuis le milieu des années 1970 que la Suède est au tout premier rang pour le développement des TIC, ce qui apporte d’énormes avantages à ses habitants grâce à des services inédits.

Avant la publication de ces rapports, la capitale suédoise, Stockholm, était reconnue par un groupe de réflexion aux États-Unis, l’Intelligent Community Forum, comme étant l’une des «Sept premières» communautés intelligentes de 2009. Pour mériter cette place parmi les «Sept premiers», les communautés doivent se soumettre à une analyse poussée de leurs stratégies, programmes et résultats dans cinq catégories: déploiement du large bande; capacité de créer et de faire vivre une population active axée sur les connaissances; inclusion numérique; innovation; marketing et promotion. Elles doivent remporter d’excellents résultats dans toutes ces catégories. Les «Sept premiers» deviennent ainsi des modèles incontournables de meilleures pratiques pour le développement économique et communautaire dans le monde, comme le fait observer l’Intelligent Community Forum, qui étudie l’impact du large bande et des TIC correspondantes sur les communautés.

Cette même année (soit en février 2009), la Commission européenne a décerné à Stockholm le titre de première Capitale verte d’Europe. La ville a été choisie pour sa «vision holistique associant croissance et développement durable et s’étant fixée un objectif ambitieux: celui de ne plus dépendre des combustibles fossiles audelà de 2050».

La stratégie de la Suède en matière de large bande

Le Ministère suédois de l’entreprise, de l’énergie et des communications a annoncé en novembre 2009 que 90% des ménages et des entreprises du pays devraient avoir accès au large bande à un débit minimum de 100 Mbit/s d’ici 2020, et 40% d’entre eux d’ici 2015.

Une déclaration de stratégie affichée sur le site web du ministère dit qu’il est important que les entreprises et les ménages suédois de l’ensemble du pays puissent mettre à profit les possibilités offertes par l’accès au large bande, afin de modifier les méthodes de travail traditionnelles et de mettre au point de nouveaux services et modèles de gestion, mais aussi de nouveaux types de comportement.

On peut lire également dans la déclaration: «les ménages et les entreprises devraient également tous avoir de bonnes possibilités d’utiliser les services publics électroniques sur le large bande. À mesure que les services sont de plus en plus nombreux à être électroniques, chacun doit avoir la possibilité d’être connecté. La vie quotidienne devrait se dérouler sans heurts. C’est en fait une question de démocratie et de droit». D’après la stratégie suédoise en matière de large bande, ce sont les intervenants sur le marché qui doivent investir dans l’infrastructure. «La tâche du gouvernement est de veiller à ce que les marchés fonctionnent bien et de créer pour les entreprises de bonnes conditions en mettant en place la réglementation qui convient.»

Le modèle Stokab pour les TIC — une belle réussite

La réussite de Stockholm s’explique par le modèle TIC mis en place dans la capitale, dans laquelle vit un Suédois sur onze. Au début des années 1990, la Suède a libéralisé le marché des services de télécommunications. Pour assurer une véritable concurrence, les autorités de la ville ont décidé de créer un réseau qui serait ouvert à tous à égalité. Soucieuses de faciliter les activités du secteur public comme du secteur privé — mais aussi de multiplier les possibilités offertes aux simples citoyens — les autorités municipales ont créé en 1994 une entreprise — Stokab — chargée de construire un réseau de fibres optiques dans toute la ville, garantissant ainsi des règles de jeu équitables pour tous les opérateurs.

Stokab a défoncé une seule fois toutes les rues de Stockholm, posant partout des fibres optiques et a ensuite proposé une capacité de transmission aux exploitants concurrents à un prix inférieur à ce que leur coûterait la création de leur propre réseau. «La ville demandait des offres intéressantes de services de télécommunications, mais puisque Telia (l’opérateur national dominant à l’époque) possédait toute l’infrastructure, elle était libre de fixer les tarifs qu’elle voulait. La municipalité de Stockholm a donc décidé de créer une infrastructure qui serait ouverte à tous sur un pied d’égalité; ce système favoriserait la concurrence», dit Anders Broberg, Directeur des communications de Stokab.

À l’heure actuelle, le réseau de 1,2 million de kilomètres compte parmi ses principaux clients plus de 90 opérateurs et 450 entreprises. L’infrastructure mise en place par Stokab est utilisée par l’administration municipale et par 100 000 étudiants et écoliers dans les environs de Stockholm. Stokab se distingue des autres parce qu’elle appartient à la ville de Stockholm; son objectif est d’être directement utile aux citoyens et aux entreprises. «L’objectif des propriétaires n’est pas de faire des bénéfi ces mais de créer un environnement favorable aux entreprises », dit M. Broberg. Les bénéfices sont toujours réinvestis dans le réseau. «Entre 1994 et 2008, nous avons investi 300 millions EUR dans le réseau», ajoute M. Broberg. Le maire de Stockholm a comme objectif de connecter à la fibre optique 90% de tous les ménages d’ici 2012. Stokab a commencé à étendre les réseaux dans les immeubles de la ville qui ne sont pas encore connectés.

Services en ligne pour tous

C’est à ce type d’innovation et d’investissement dans l’infrastructure que la Suède doit sa première place dans les classements TIC. Après avoir créé l’infrastructure, grâce à Stokab, la ville de Stockholm a annoncé en 2007 un programme d’investissement de 72,2 millions USD sur quatre ans pour mettre au point des services électroniques pour ses habitants. La ville fournit désormais une liste impressionnante de services en ligne. À titre d’exemple: les habitants peuvent suivre les réunions du Conseil municipal en ligne et consulter les documents correspondants. Ils peuvent faire une demande de permis de stationnement en ligne. Les couples peuvent prendre rendez-vous pour se marier à l’hôtel de ville — et neuf couples sur dix le font désormais par Internet. Le même pourcentage s’applique aux demandes en ligne pour obtenir une place en crèche.

Les familles peuvent également s’informer en ligne sur la prise en charge des personnes âgées. Le système en ligne permet de faire des économies en gérant mieux les opérations municipales à tous les niveaux et en automatisant les tâches administratives quotidiennes, tout en facilitant la collaboration entre organismes; grâce aux économies réalisées, tous les projets sont autofinancés.

La réussite du modèle Stokab — qui fournit une infrastructure de communication essentielle ouverte à tous — a suscité l’intérêt dans le monde entier, y compris en Australie, à Singapour et aux États-Unis.

La ville scientifique de Kist

Un autre élément expliquant le succès de Stockholm pour ce qui est de la mise en place de services TIC a été la croissance de la ville scientifique de Kista, quartier situé au nord-ouest de la capitale. Kista se distingue particulièrement dans le domaine des communications mobile et sans fil, des multimédias et des systèmes de large bande. Vient s’y ajouter une forte croissance dans divers secteurs à forte intensité de TIC, tels que le génie biomédical et environnemental et la nanotechnologie.

Conçue à l’origine comme un parc scientifique, Kista est devenue une communauté florissante comptant 120 000 habitants, 4653 entreprises et 30 000 salariés, sans parler des 5000 étudiants des instituts de recherche. «Kista a ceci de différent que, le plus souvent, les parcs scientifiques se développent autour des universités, alors que le nôtre s’est implanté autour des entreprises», dit Anette Scheibe, P.-D.G. de Kista, qui a été baptisée ville scientifique dans la mesure où elle met son infrastructure à la disposition des habitants et non seulement des gens qui y travaillent. «Quelque 3000 nouveaux appartements vont être construits au cours des cinq années à venir et la ville disposera d’un train léger sur rails d’ici trois ans», ajoute Mme Scheibe.

En 1976, Ericsson a installé son unité Svenska Radioaktiebolaget (SRA) à Kista. Ce n’était pas une réimplantation anodine. «Elle a constitué le fondement de ce qu’on viendrait à appeler la Silicon Valley de Suède, même si à l’époque on y trouvait plus de boue que de silicone». Ericsson est désormais l’employeur d’un tiers de tous les salariés de Kista et a aidé à attirer une myriade de fournisseurs, de partenaires et de concurrents. Étant donné leur proximité, les entreprises déjà implantées et les nouvelles entreprises arrivent facilement à échanger leurs idées et à s’agrandir. Kista accueille également des organisations du secteur public et des établissements de recherche et d’enseignement, y compris le département d’informatique de l’Université de Stockholm, ainsi qu’une antenne de l’Institut royal de technologie.

«Kista est important pour nous car tout le secteur des affaires s’y trouve», dit Fredrik Nyström, P.-D.G. de PlusFourSix, fabricant d’applications mobiles. «À Kista, nous rencontrons des entrepreneurs ayant le même type d’idées que nous».

Les entrepreneurs attendent des chercheurs qu’ils créent la technologie pour de nouvelles entreprises ou de nouveaux produits; les étudiants-chercheurs acquièrent les capacités que les entreprises souhaitent mobiliser de la région nordique dans le secteur des TIC, avec Nokia et Ericsson, la proximité de Kista de l’aéroport a attiré de nombreuses marques internationales, dont IBM, Intel, NEC, Huawei, Philips et Oracle.

«De l’aéroport Arlanda de Stockholm, il faut moins d’une heure de vol pour atteindre 80% du marché mondial de l’infrastructure 3G», dit Jim Bowes de l’entreprise Anritsu, entreprise japonaise qui fabrique du matériel pour tester et mesurer les communications.

Le modèle de Kista intéresse d’autres villes souhaitant créer des parcs technologiques similaires; Kista reçoit en effet tous les ans plus de 150 missions que Mme Scheibe qualifie de non techniques. Ceci s’explique partiellement par le fait que le modèle est économiquement solide, les subventions ne représentant que 20% du chiffre d’affaires de la ville scientifique. «Nous essayons de créer des projets et des applications assez intéressants pour que les entreprises veuillent les acheter», dit Mme Scheibe.

Stockholm a facilité le développement économique et social de ses habitants, et cherche désormais au-delà de ses frontières à aider les économies en développement avec son expérience des TIC. Pour Mme Scheibe, l’avenir des entreprises de Kista repose sur le développement d’applications pour les téléphones mobiles à même de diffuser des conseils en matière de santé et des services financiers aux habitants des économies en développement. Comme elle le note: «En Europe nous utilisons les téléphones cellulaires pour accéder à Facebook et aux réseaux sociaux, mais dans les pays en développement, lorsque les gens sont connectés par téléphone cellulaire, c’est un véritable bienfait qu’on leur apporte».

 

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