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L’accessibilité pour tous
Reconnaissance pour la retranscription en temps réel
Patricia Graves
 
«Depuis 1989, j’assure des services de retranscription en temps réel, et n’ai jamais regretté mon orientation. Je ressens mon travail comme une vocation.»

Patricia Graves,
Présidente, Caption First, Inc.
Lauréate du Prix Robert H. Weitbrecht 2009 pour services rendus à l’accès aux télécommunications

 
Real-time captioning
 
Le télétexte en temps réel peut s’avérer très utile lors d’une conférence

cès aux télécommunications est décerné tous les deux ans par l’organisation Telecommunications for the Deaf and Hard of Hearing, Inc. (TDI) (Télécommunications pour les sourds et malentendants), qui milite aux États-Unis en faveur de l’accès pour tous aux télécommunications, aux médias et aux technologies de l’information. Le prix récompense plus particulièrement une organisation ou une entreprise ayant contribué de manière significative à améliorer l’accès aux télécommunications, aux médias et aux technologies de l’information pour les personnes sourdes, malentendantes ou sourdes et aveugles.

Avant l’avènement de la messagerie instantanée par ordinateur ou de l’envoi de messages par téléphone mobile, les personnes malentendantes utilisaient un appareil dit téléscripteur, raccordé à un téléphone. Cet appareil avait vu le jour grâce à Robert H. Weitbrecht (1920–1983). Ce physicien est né sourd et était un radioamateur homologué.

Weitbrecht en était venu à s’intéresser au code Morse pour pouvoir communiquer par radio avec les personnes non sourdes. En 1950, il s’est procuré un radiotéléscripteur capable de recevoir des messages. Il a réussi à modifier cet appareil de manière a pouvoir envoyer des messages radio. Des personnes sourdes qui avaient eu connaissance de ses travaux lui ont alors demandé d’adapter le radiotéléscripteur pour qu’il puisse fonctionner avec un téléphone ordinaire. À l’issue de plusieurs années d’efforts, Weitbrecht avait mis au point un coupleur acoustique grâce auquel le radiotéléscripteur pouvait effectivement être utilisé avec un téléphone. En mai 1964, Weitbrecht a établi la première communication à distance à l’aide d’un radiotéléscripteur.

Aider les sourds et les malentendants

Retranscription en temps réel

C’est à l’occasion de la 18e Conférence internationale biennale de l’organisation Telecommunications for the Deaf and Hard of Hearing, Inc., tenue à Washington, DC (États-Unis) les 30 juillet et 1er août 2009, qu’on m’a fait l’honneur de me décerner le Prix Robert H. Weitbrecht de l’accès aux télécommunications, en reconnaissance de ma «contribution originale, au fil des ans, à la retranscription en temps réel (communication access real-time translation, ou CART).» La retranscription en temps réel fait intervenir deux processus: la transcription de la langue parlée grâce à la sténotypie, et la retranscription de la sténotypie en langage écrit qui est alors projeté en sous-titres sur un écran. C’est une technologie qui aide les personnes souffrant d’une insuffisance auditive à participer à part entière à la vie sociale et professionnelle.

Assise à attendre qu’on me décerne ce prix, je réfl échissais à mon propre parcours professionnel. Je m’étais lancée dans la vie professionnelle en tant que sténographe judiciaire. J’aimais beaucoup mon travail; c’était un domaine à la fois exigeant et enrichissant. À mesure de l’évolution de la technologie et de l’apparition de logiciels qui permettaient de retranscrire les notes sténographiques que j’avais prises en texte écrit, j’ai eu envie d’aiguiser mes compétences professionnelles et faire en sorte que mon texte puisse être lu immédiatement. Une fois cette étape franchie, j’ai choisi de travailler avec des personnes sourdes et malentendantes. Depuis 1989, j’assure des services de retranscription en temps réel, et n’ai jamais regretté mon orientation. Je ressens mon travail comme une vocation.

Ma famille sait ce qu’est la surdité. Mon frère a fréquenté, il y a longtemps dans le Colorado, L’École pour sourds et aveugles. Je me souviens de l’époque où il faisait l’apprentissage du langage des signes, où il portait un appareil auditif, où il apprenait à lire sur les lèvres. À l’époque, il n’était pas question de communication simultanée. Les membres de ma famille n’ont pas appris le langage des signes, mais mon frère, lui, a réussi à maîtriser le langage ASL (American Sign Language).

Lorsque je me suis orientée vers le domaine de l’accès aux communications, c’était tout nouveau, et nous y étions très peu nombreux. L’entreprise Caption First, dont je suis la présidente, a été créée à Chicago en 1989, et ce qui nous intéressait alors, c’était le télétexte pour les informations télévisées. Le Gouvernement fédéral nous avait accordé une subvention pour assurer ce service, mais le journal télévisé a décidé de renoncer au projet, et nous n’avons jamais pu dépenser cet argent. Ce fut un bien pour un mal, car j’ai pu alors travailler directement auprès des gens. L’entreprise voulait changer quelque chose dans le quotidien de ces personnes, sur les plans aussi bien personnel que professionnel, grâce à la retranscription en temps réel.

À ses débuts, la technologie de la retranscription en temps réel se faisait à l’aide d’un projecteur en hauteur et d’un panneau à affichage à cristaux liquides (ACL), d’un écran à pied-support et d’un logiciel d’agrandissement du texte qui fonctionnait grâce à un programme DOS. Au fil du temps, la technologie a évolué. La possibilité de soutenir les gens à distance a constitué un grand pas en avant. Dans un premier temps, on utilisait les lignes téléphoniques, mais maintenant on arrive à envoyer du texte par l’Internet à la vitesse de la foudre, et en toute sécurité.

Le texte en temps réel peut être lu par une personne seule installée à son ordinateur, ou par plusieurs personnes situées au même moment en des lieux différents. Pour les groupes, on projette le texte sur un grand écran. La découverte la plus récente est la possibilité d’envoyer le texte audio au prestataire du télétexte, qui renvoie le texte quasi simultanément au même combiné. Cette nouvelle possibilité technique permet aux utilisateurs de se rendre n’importe où — fête, salle d’exposition, dîner — tout en ayant accès aux communications en tout lieu, à tout moment, et en toute discrétion. De nos jours, tout le monde a un appareil mobile à la main!

Le mariage du temps réel et de la webémission gagne en maturité et ne cesse d’évoluer. Cette technologie va permettre la reproduction sur demande, mais aussi l’accès à des archives autrefois inaccessibles.

Un parcours personnel

Au fil des ans, j’ai eu le privilège d’être le témoin du parcours vécu par des personnes confrontées à la surdité, que celle-ci apparaisse brutalement, ou qu’elle soit progressive, ou de naissance. J’ai fait partie de la vie des gens à mesure qu’ils faisaient l’apprentissage du langage des signes, s’habituaient à un appareil auditif ou se faisaient installer un implant cochléaire. J’ai été le témoin d’échecs de la communication et ai eu le privilège de faciliter la reprise de la communication.

Pour toutes ces raisons, j’ai beaucoup appris; les leçons que j’ai retenues ont à voir avec l’adaptation, la planification, la manière de demander de l’aide, l’acceptation, l’importance de l’humour dans les situations difficiles. Cet apprentissage de la vie m’a aidé dans mon parcours personnel et, tout dernièrement, lorsque j’ai dû admettre que j’étais en train de perdre la vue. Grâce à l’expérience de mes collègues et amis, ce parcours a été plus léger, et je leur en suis reconnaissante.

Pourquoi m’a-t-on choisie pour être lauréate du Prix Robert Weitbrecht? J’aimerais penser que c’est parce que j’écoute attentivement pour bien savoir ce dont on a besoin et qu’ensuite je trouve le moyen de répondre à ce besoin. J’aimerais penser que c’est parce que je milite en faveur de l’égalité. Je crois en effet à l’instauration de conditions équitables pour tous, pour que les utilisateurs des services de retranscription et du télétexte réussissent ou échouent uniquement sur la base de leurs compétences et connaissances. J’aimerais penser que c’est moi que l’on a choisie parce je devance la technologie, que je suis constamment à l’affût de moyens de faciliter la transmission de mots là où quelqu’un en a besoin. J’aimerais penser que c’est à cause de mon dévouement à une cause et de ma conscience professionnelle.

Quelles qu’en soient les raisons, je suis profondément reconnaissante de l’honneur qui m’est fait. Je me réjouis à l’idée des années que je vais pouvoir passer à écouter, à apprendre, et à changer quelque chose dans la vie des gens.

 

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