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La technologie de la voix sur réseau IP (VoIP) fait son chemin
 
Voice over Internet protocol
Photographe: Shutterstock
 
Voice over Internet protocol
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Au cours des dix dernières années, poussés par la croissance des réseaux large bande et la réduction des coûts, les services VoIP, c’est-à-dire la téléphonie sur Internet, se sont avérés être une technologie dérangeante qui a transformé le secteur des télécommunications. Les services VoIP sont désormais largement acceptés par les fournisseurs de services, les consommateurs et les entreprises, représentant comme ils le font un moyen moins onéreux d’établir une communication. Plutôt que de recourir aux lignes terrestres, les gens arrivent en effet à faire des appels téléphoniques sur Internet. Les opérateurs euxmêmes font des économies en utilisant les réseaux IP

La convergence et les services VoIP sont en train de redéfinir les marchés et d’estomper les frontières entre réseaux et contenus. Ils suppriment les obstacles barrant l’accès aux marchés (étant donné que les concurrents n’ont plus besoin d’être propriétaires d’un réseau) et mettent en compétition directe les fournisseurs d’installations et leurs concurrents axés sur les services, redéfinissant ainsi le rôle des autorités de réglementation par la même occasion

Les dimensions du marché

Il n’est pas facile de faire une estimation du nombre total d’abonnés aux services VoIP, et ce pour plusieurs raisons. Comme les définitions varient, les pays communiquent des chiffres qui varient, eux aussi. De plus, il est difficile d’évaluer le nombre d’utilisateurs d’ordinateur à ordinateur, ou services VoIP purs, dont notamment les utilisateurs de services tels que Skype, ou de services intégrés à des jeux en ligne. De ce fait, les estimations du nombre total d’abonnés à des services VoIP sont quasiment toujours présentées comme une gamme — le nombre d’utilisateurs de services VoIP à domicile aux États-Unis d’ici 2010, par exemple, se situant entre 12 et 44 millions.

En ce qui concerne le nombre total d’abonnés aux services VoIP, l’entreprise Infonetics Research, basée aux États-Unis, estime qu’il y en avait quelque 80 millions fin 2008. Point Topic, du Royaume-Uni, les estime à 92,2 millions au premier trimestre 2009, alors que IDATE (France) a avancé le chiffre de 175 millions d’abonnés d’ici 2009, soit 10 % du nombre total d’abonnés à une ligne principale, et plus de 200 millions d’ici 2012 (voir la Figure 1).

Selon Point Topic, l’Europe de l’Ouest représentait la tranche la plus importante (38 %) de tous les abonnés aux services VoIP en mars 2009 (voir la Figure 2). Mais cette part du marché diminue à mesure que la VoIP progresse ailleurs. Ce sont l’Amérique du Nord et la région Asie-Pacifique qui représentent les deux plus gros marchés après l’Europe de l’Ouest. L’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est ont tous une part de marché relativement modeste, mais en progression rapide. TeleGeography Research (États-Unis) a estimé que les communications internationales en VoIP représentaient 94,8 milliards de minutes en 2008, soit environ un quart des communications internationales cette année-là (voir la Figure 3).

Dans l’intervalle, le succès commercial de la VoIP se confirme. AMI Research (États-Unis) prévoit que les recettes mondiales d’IP PBX (IP private-branch exchanges), de passerelles VoIP, de commutateurs logiciels, de services d’application de la VoIP, de téléphones et d’adaptateurs IP représenteront 9,7 milliards USD en 2010.

Figure 1 — Estimation du nombre d’abonnés à un réseau VoIP dans le monde, 2005–2011

Total exprimé comme proportion des lignes principales

 

Figure 2 — Répartition des abonnés à la VoIP dans le monde (mars 2009)

Répartition régionale des abonnés à la VoIP, abonnés au premier trimestre 2009

figure-1   figure-2
Source: IDATE   Source: IDATE

Un élément essentiel d’une entreprise

La VoIP transforme le secteur des télécommunications en ouvrant de nouveaux marchés et en y intégrant de nouveaux joueurs. Les fournisseurs de large bande, de modem câble, et de sans fil sont désormais en concurrence directe. La VoIP renforce la concurrence des fournisseurs de services en permettant aux opérateurs de participer sans pour autant être parties prenantes dans l’infrastructure.

La VoIP est perçue comme un nouveau joueur sur le marché, qui fait concurrence aux fournisseurs classiques de télécommunications. Cela étant, c’est un fait que les fournisseurs qui sont déjà présents sur le marché utilisent désormais la VoIP pour le trafic international plutôt que les réseaux de base. Wik Consult, entreprise de recherche basée en Allemagne, a constaté que «les opérateurs, grands ou petits, présents sur le marché et leurs concurrents transforment leurs réseaux en réseaux de prochaine génération et font le pari d’une migration réussie vers la VoIP».

La VoIP est désormais au coeur de la stratégie commerciale de nombreux fournisseurs de services, dans les pays développés comme dans les pays en développement. Les entreprises présentes au Bangladesh, à Fidji, au Ghana, en Tunisie et au Soudan, par exemple, utilisent toutes la VoIP pour leurs communications internationales.

Potentiellement, le coût des télécommunications peut être radicalement réduit. En effet, ce qu’il en coûte de transmettre des appels sur IP pourrait ne pas dépasser un quart de ce qu’il en coûte d’envoyer un appel par le réseau téléphonique commuté public (RTCP), et les dépenses de maintenance pourraient être réduites de 50 à 60 % du fait que la VoIP n’utilise que 10 % de la largeur de bande qu’il faut pour un appel RTCP

D’autres facteurs jouent dans le passage à la VoIP. Certains opérateurs font valoir le coût élevé de la mise à jour de l’infrastructure de conversion et la nécessité d’améliorer les réseaux intelligents en intégrant les technologies les plus récentes. D’autres opérateurs s’efforcent de résister à leurs concurrents (nationaux et étrangers) et de se situer dans un secteur des communications réellement mondial. À mesure que les opérateurs intègrent des réseaux voix et données, les réseaux IP peuvent être perçus comme le fondement d’applications commerciales. De plus, les services VoIP utilisés par les consommateurs fonctionnent sur un ensemble d’appareils, affichant une souplesse qui constitue le premier pas vers les communications intégrées. En revanche, les entreprises déjà présentes sur le marché pourraient hésiter à introduire la VoIP si elles proposent déjà d’autres services téléphoniques sur le RTCP et ne souhaitent pas cannibaliser leurs propres services internationaux, qui leur rapportent davantage.

Pour certains opérateurs, la transmission sur Internet représente le premier avatar des réseaux de prochaine génération. Il se pourrait que les entreprises de télévision câblée bénéficient d’un avantage par rapport aux opérateurs du RTCP dans ce domaine, dans la mesure où il est plus facile d’adopter des réseaux câblés pour la VoIP (transmise de manière comparable à la vidéo) qu’il ne l’est pour les opérateurs de ligne fixe d’ajouter des données haute vitesse et des services vidéo et Internet.

Figure 3 — Croissance de la VoIP au plan international et trafic multiplexage temporel

 

Figure 4 — Réglementation de la VoIP dans le monde, 2004–2009

figure-3   figure-4
Source: IDATE   Source: IDATE

Note — Le trafic VoIP englobe tous les appels transfrontières empruntant les réseaux IP mais se terminant sur le RTCP. Les appels d’ordinateur à ordinateur et le trafic de réseaux privés sont exclus. Les chiffres se rapportant à 2008 sont des projections.

 

Note — La téléphonie VoIP «fermée» renvoie aux pays où les services VoIP destinés au marché de gros sont autorisés, alors qu’ils ne le sont pas pour le marché de détail, ainsi qu’aux pays où seul un fournisseur déjà présent sur le marché est autorisé à fournir des services VoIP.

Enjeux de la réglementation

Les fournisseurs de services de VoIP, tels que Vonage, Fastweb ou Skype, ont adopté des modèles commerciaux et des ensembles de services fort différents. La définition de la VoIP est une des mesures fondamentale que chaque pays peut prendre pour déterminer l’environnement règlementaire qu’il souhaite mettre en place. Si l’on veut voir les services de VoIP se multiplier, il faut prévoir des réseaux de large bande, déployés dans un environnement égal pour tous, c’est-à-dire un environnement neutre sur le point de la technologie et ouvert à la concurrence

Pour la plupart des pays, c’est l’accès à l’Internet à large bande qui représente l’avenir des communications modernes. D’après les données de l’UIT, dès 2008, les services d’Internet à large bande étaient disponibles dans 182 pays. Parmi les autres mesures réglementaires favorisant la croissance de la VoIP figurent la possibilité de conserver des numéros entre utilisateurs de la RTCP et de la VoIP et l’adoption de règles visant à empêcher le brouillage du trafic VoIP.

En 2004, la VoIP avait été explicitement légalisée dans 46 pays (voir la Figure 4), principalement en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Dans 57 autres pays, la VoIP était pour l’essentiel autorisée, alors que 80 pays l’interdisaient, surtout en Afrique et dans certains États arabes. Par contraste, à l’heure actuelle, 92 pays ont explicitement légalisé la VoIP, et celle-ci est tolérée dans un peu plus de deux tiers des pays, alors que le nombre de pays l’interdisant est tombé à 49, soit environ un quart de tous les pays pour lesquels des données sont disponibles.

Cette croissance pose toute une série de questions au niveau des structures règlementaires mises en place pour l’environnement du RTCP. Convient-il de réglementer la VoIP comme s’il s’agissait d’une solution de rechange au RTCP? La réglementation des services VoIP devrait être différente s’il s’agit d’entreprises déjà présentes sur le marché du RTCP ou d’opérateurs de VoIP (y compris les fournisseurs de services Internet).

Dans de nombreux pays en développement, la législation relative aux télécommunications remonte à une époque bien antérieure à la VoIP. Les obligations découlant de l’héritage de la fonction publique qui fonctionnait bien dans le cadre du réseau téléphonique commuté public (et, plus récemment, avec les règlements mis à jour pour les réseaux mobiles) peuvent fort bien coexister avec une croissance de la VoIP, mais elle s’applique difficilement directement aux services VoIP. Par exemple, l’accès aux numéros de services d’urgence est plus difficile avec la VoIP, et certains fournisseurs prétendent que si on les oblige à offrir ces services, il s’agit bel et bien d’un obstacle à la pénétration du marché.

Lorsque la Commission européenne a examiné pour la première fois une réglementation de la VoIP, en 2004, elle avait préconisé une «démarche règlementaire légère ». Les autorités européennes de réglementation se penchent désormais sur la numérotation géographique, les services nomades et l’identification de l’abonné en fonction du lieu, ainsi que sur les questions ayant trait à l’interconnexion et à l’interception légale des appels. Aux États-Unis, la VoIP a fait l’objet d’une réglementation plus poussée, notamment dans le contexte des préoccupations relatives à la sécurité (possibilité et modalités de surveillance du trafic VoIP) et de l’accès aux numéros d’urgence. Dans la Communauté des États indépendants, les autorités de réglementation ont adopté des démarches différentes. La Géorgie et le Kazakhstan, par exemple, ont d’une manière générale permis aux opérateurs de VoIP de se développer, alors que le Turkménistan a mis en place un régime de délivrance de licences assez contraignant.

L’enjeu

Bien que la VoIP permette de faire des économies, les joueurs déjà présents sur le marché peuvent s’interroger sur son impact sur leurs recettes. Dans plusieurs pays, le recours accru à la VoIP a généralement été perçu comme entraînant une baisse des recettes pour les appels internationaux, tout comme la croissance d’options comme le courrier électronique et les messages-textes internationaux (SMS). Pour Ghana Telecom, par exemple, les recettes provenant des appels internationaux sont tombées de 42 millions USD en 1998 à 14,4 millions USD en 2002. FINTEL, seul prestataire de services de télécommunication à destination et en provenance de Fidji, a vu ses recettes tomber de 41,27 millions USD en 2000 à 24,91 millions USD en 2004, à mesure que la VoIP grignotait son secteur international.

L’impact de la VoIP sur les recettes des fournisseurs déjà présents sur le marché dépend de la structure de leur trafic. Le Directeur général d’Etisalat, fournisseur de services de télécommunications basé dans les Émirats arabes unis, a relevé en janvier 2008 que, dans l’ensemble, l’entreprise ne prévoyait pas d’importantes pertes du fait de la croissance de la VoIP, étant donné la répartition de ses opérations sur seize marchés différents. Il se trouve par ailleurs que le recours accru à la VoIP ne signifie pas systématiquement que l’opérateur présent dans un pays va voir diminuer ses recettes. En effet, les possibilités qu’ouvre la nouvelle technologie et les volumes de trafic susceptibles d’en résulter peuvent compenser les pertes éventuelles, et plus encore si les pays favorisent directement l’expansion de la VoIP. Par exemple, à Bahreïn, pour la période de deux ans et demi se terminant en juillet 2008, la VoIP s’est acquis 60 % des minutes d’appels internationaux, et environ 40 % des recettes, les prenant à la Bahreïn Telecommunications Company (Batelco). Mais le marché global à Bahreïn progresse et continue d’être rentable. Les fournisseurs de RTCP peuvent également envisager d’accroître leurs recettes en proposant des services à valeur ajoutée, dont la télévision sur IP.

Incidences au niveau de la stratégie

La transition vers les réseaux et services sur IP touche l’ensemble du secteur des télécommunications. Il faut mettre au point de nouveaux modèles de gestion pour faire une place aux nouveaux services ne correspondant pas aux paramètres classiques. Les modèles de fixation des prix en fonction de la distance, de l’heure et de la durée de la communication, par exemple, sont en train de devenir obsolètes.

L’arrivée sur le marché de nouveaux fournisseurs pourrait s’accompagner de nouveaux et de meilleurs services et constituer une incitation pour les investisseurs nationaux et étrangers — mais uniquement si les structures réglementaires sont adaptées pour tenir compte de l’évolution technologique et commerciale. L’UIT continue de surveiller cette évolution et de relever les changements, qui sont en train de transformer le secteur des télécommunications.

* Le présent article s’inspire d’un chapitre consacré à la VoIP dans un rapport de l’UIT qui sortira d’ici la fin de l’année: «Tendances des réformes dans les télécommunications 2009»

 

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