ITU

Committed to connecting the world

Discours du Secrétaire général de l'UIT, Dr Hamadoun I. Touré

Réunion des partenaires D'ITU-Impact et des Etats Members


Allocution D'ouverture



10 OCTOBRE 2013, Ouagadougou, Burkina Faso


English 

 


Excellences,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Mesdames et Messieurs,


C'est pour moi un honneur et un réel plaisir de vous retrouver ici au Burkina Faso pour cette importante réunion. Je ne doute pas en effet qu'elle constituera une étape décisive et qu'elle permettra d'harmoniser les efforts déployés au niveau international pour parvenir à une cybersécurité mondiale.


Mesdames et Messieurs,


Avant de parler de cybersécurité, arrêtons-nous un instant sur les progrès spectaculaires qui ont été accomplis au cours de la dernière décennie en ce qui concerne le développement des TIC.


En l'an 2000, près de la moitié des habitants des pays les plus riches du monde avaient un téléphone mobile et le taux de pénétration de la téléphonie cellulaire mobile ici, en Afrique, était inférieur à 2%.


D'ici le début de 2014 on comptera presque autant d'abonnements à la téléphonie mobile dans le monde que d'habitants sur la planète et le taux de pénétration du mobile en Afrique dépassera les 63%.


Autre évolution encore plus remarquable, l'essor du large bande mobile, une technologie grâce à laquelle les personnes ayant accès à l'Internet n'ont jamais été si nombreuses et qui continue d'afficher le taux de croissance le plus rapide dans toute l'histoire de l'humanité, avec des chiffres de plus de 30% par an.


De fait, d'ici la fin de 2013, selon les estimations de l'UIT on comptera dans le monde près de 2,1 milliards d'abonnements actifs au large bande mobile, soit un taux de pénétration du large bande mobile de près de 30% à l'échelle mondiale.


L'Afrique rattrape rapidement son retard puisque le taux de pénétration du large bande mobile sur ce continent d'ici la fin de l'année se rapprochera des taux observés dans la région des Etats arabes et la région Asie Pacifique il y a tout juste deux ans, fin 2011.


Mesdames et Messieurs les délégués,


Dans le même temps, des événements qui ont récemment fait la une de l'actualité ont mis en lumière les tensions qui surviennent inévitablement à l'échelle mondiale lorsqu'une proportion toujours plus grande des activités humaines se fait en ligne.


Comme tous les outils, l'Internet a ses bons et ses mauvais côtés. Comme tous les outils, il peut être utilisé à des fins positives, en faveur d'un développement constructif ou à des fins nocives par des individus animés d'intentions malveillantes et criminelles et dont les personnes innocentes et naïves seront la proie.


D'après un rapport récemment publié par le spécialiste de la sécurité McAfee et le Centre d'études stratégiques et internationales, les pertes imputables à la cybercriminalité au niveau mondial se chiffreraient, selon les estimations, à 500 milliards USD chaque année et le nombre de personnes directement touchées par la cybercriminalité se compterait par centaines de millions.


L'augmentation des cybermenaces et de la cybercriminalité ne sont pas le résultat d'une quelconque étrange épidémie ou d'un soudain changement du comportement des êtres humains mais découle naturellement du fait que très nombreuses sont les personnes qui cherchent à profiter des avantages évidents que les TIC apportent dans notre monde.


Les choses sont rendues encore plus complexes par le fait que les mesures destinées à nous protéger et à garantir la sécurité et la sûreté des individus finissent parfois par être préjudiciables.


Dans ce contexte, il faut se poser une question fondamentale, même si elle est quelque peu rhétorique: comment tirer parti au maximum des avantages liés aux nouvelles possibilités offertes tout en limitant au maximum les risques correspondants?


Il ne fait aucun doute que nous devons faire encore plus pour sécuriser l'utilisation des TIC à tous les niveaux – local, national, régional et, le plus important, international.


La cybercriminalité n'est pas le fait des seuls cyberdélinquants.


Alors que l'efficacité de menaces toujours plus sophistiquées devient de plus en plus patente, des groupes de militants, des sociétés, voire des gouvernements seront eux-mêmes de recourir à des pratiques analogues pour atteindre leurs objectifs.



De toute évidence nous devons réduire, autant que faire se peut, les risques liés à une utilisation illicite des TIC et adopter pour l'avenir, et c'est là le plus important, une approche multilatérale et multi-parties prenantes.


Mesdames et Messieurs,


Notre action collective pour améliorer la sécurité de l'utilisation des TIC à l'échelle mondiale a une incidence positive sur notre capacité de profiter des nouvelles possibilités qui nous sont offertes en ligne et sur la protection de nos droits, y compris le droit au respect de la vie privée.


Récemment toutefois le débat s'est élargi.


Il ne s'agit plus simplement de savoir comment nous protéger contre d'éventuels préjudices, il nous faut aussi trouver le juste équilibre entre droits individuels et protection de tous.


A l'évidence, il est essentiel de protéger:

  • le droit à la liberté d'expression;
  • le droit de communiquer;
  • et le droit au respect de la vie privée.

Il est aussi important de faire en sorte que nous soyons protégés contre les menaces mais est-il possible d'agir dans un domaine sans en pénaliser un autre? Où est le juste équilibre?


Ces questions ne sont pas nouvelles et l'humanité cherche à y répondre depuis des siècles.


Ce qui a changé c'est que les TIC sont omniprésentes et font partie de notre vie quotidienne et que ces technologies offrent d'immenses possibilités pour notre bien et notre mal.


En juillet dernier, le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies a adopté à l'unanimité une résolution affirmant que les droits dont les personnes jouissent hors ligne doivent aussi être protégés en ligne.


Le mois dernier, Ban Ki-moon, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, a analysé les préoccupations liées à la sécurité nationale et aux activités de nature criminelle. Il a indiqué que ces préoccupations pouvaient justifier l'utilisation à titre exceptionnel et strictement encadrée de moyens de surveillance mais a ajouté qu'en l'absence de garde-fous pour protéger le droit au respect de la vie privée, la surveillance nuit aux libertés fondamentales.


Mesdames et Messieurs les délégués,


L'UIT, en tant qu'institution spécialisée des Nations Unies dans le domaine des TIC prend très à coeur la tâche qui est la sienne d'instaurer la confiance et la sécurité dans l'utilisation des TIC.


Comme vous le savez, à la suite du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) qui s'est tenu en deux phases en 2003 et 2005, des chefs d'Etat et des dirigeants du monde entier ont confié à l'UIT le soin de prendre l'initiative de la coordination des efforts déployés au niveau international dans le domaine de la cybersécurité.


Lorsque j'ai été élu secrétaire général, la cybersécurité est devenue l'une de mes priorités essentielles et en mai 2007 nous avons lancé le Programme mondial cybersécurité qui constitue un cadre de coopération internationale visant à améliorer la confiance et la sécurité dans la société de l'information.


Nous avons accompli des progrès considérables au cours des six années qui se sont écoulées depuis le lancement du Programme mondial cybersécurité et ce programme a gagné la confiance et la reconnaissance des dirigeants et des spécialistes de la cybersécurité du monde entier.


Nous sommes très reconnaissants au Président Blaise Campaoré pour son appui sans faille au Programme mondial cybersécurité placé sous son égide.


En 2007, nous avons créé un Groupe d'experts de haut niveau sur la cybersécurité composé de plus de 100 experts de renom, issus d'horizons, de secteurs et de régions géographiques très divers. Ces experts ont travaillé sans relâche pour formuler des propositions de stratégies visant à contrecarrer les cybermenaces, à lutter contre la cybercriminalité et à promouvoir la cybersécurité.


Parmi les résultats du Groupe d'experts, nous pouvons citer le Rapport du Président qui est un ensemble de propositions stratégiques ainsi que le Rapport stratégique mondial qui récapitule les travaux effectués par le Groupe pour promouvoir la cybersécurité à l'échelle mondiale.


Comme vous le savez, deux des initiatives principales dans le cadre du Programme mondial cybersécurité sont:


  • Le partenariat ITU-IMPACT, première alliance mondiale de lutte contre les cybermenaces qui rassemble des gouvernements, des représentants des milieux universitaires et des spécialistes du secteur privé qui s'efforcent d'améliorer les moyens dont dispose la communauté mondiale pour faire face aux cybermenaces. Ce partenariat a été officiellement entériné par 145 pays qui bénéficient des services qu'il propose. Nous sommes également très reconnaissants au Président Compaoré pour le soutien qu'il apporte en tant que Président du Conseil consultatif international d'IMPACT.
  • L'initiative sur la Protection en ligne des enfants (COP), réseau de collaboration internationale qui agit pour promouvoir la protection en ligne des enfants dans le monde entier. Ce réseau, qui compte un nombre croissant de partenaires, fournit, avec d'autres institutions et partenaires des Nations Unies, des indications sur le comportement à adopter en ligne et a déjà touché un très vaste public.

Mesdames et Messieurs,


Nous sommes réunis ici aujourd'hui pour réfléchir à la façon dont nous pouvons assurer la pérennité du partenariat ITU-IMPACT.


Le Directeur du Bureau de développement des télécommunications, M. Brahima Sanou, va bientôt prendre la parole pour exposer les résultats remarquables obtenus dans le cadre de ce partenariat et vous demander comment, à votre sens, l'UIT peut continuer d'apporter son assistance à ses Etats Membres à travers ce partenariat.


En conclusion, permettez-moi d'insister sur la nécessité pour nous tous d'oeuvrer collectivement afin que l'Internet soit plus sûr pour tout un chacun.


Nous devons aussi faire en sorte que les droits de l'homme fondamentaux ne soient pas sacrifiés lorsqu'il s'agit de faire face à de nouveaux risques ou d'utiliser les possibilités offertes par les TIC pour réagir aux menaces du monde réel.


L'UIT a joué son rôle pour rassembler les parties prenantes du monde entier mais il est évident qu'aucune entité à elle seule ne peut s'acquitter de cette tâche.


Nous devons donc tous travailler main dans la main avec d'autres organismes intergouvernementaux et garantir la participation active de toutes les parties prenantes, y compris les organismes locaux et régionaux, le secteur privé ou les organisations de la société civile.


Je peux vous assurer de l'attachement sans faille de l'UIT au processus de collaboration, c'est là un effort véritablement multi-parties prenantes.


Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une réunion très fructueuse.


Merci.