ITU

Committed to connecting the world

Discours du Secrétaire général de l'UIT, Dr Hamadoun I. Touré

Discours prononcé dans le cadre de la Retraite Gouvernementale

Mercredi 20 Avril 2011, Burundi


Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

C'est un grand plaisir et un honneur d'être ici parmi vous aujourd'hui, au Burundi, et de pouvoir discuter avec vous de l'importance que revêtent les technologies de l'information et de la communication au XXIe siècle.
 
Je souhaiterais en particulier mettre en lumière certaines des activités de premier plan menées sous l'égide de notre Bureau de développement des télécommunications, le BDT, ici au Burundi comme dans d'autres pays en développement partout dans le monde.
 
Notre mandat à l'UIT est de connecter le monde, et c'est donc une immense satisfaction de voir les progrès réalisés dans tous les pays ces dix dernières années en ce qui concerne le développement des TIC - en particulier les communications mobiles.
 
Ici, au Burundi, le nombre d'abonnés à la téléphonie cellulaire mobile a été multiplié par huit en l'espace d'à peine cinq ans et début 2010, le taux de pénétration de la téléphonie cellulaire mobile avait dépassé les 10%. Je suis convaincu que dans les années à venir, cette croissance sera encore plus spectaculaire.
 
Le prochain grand enjeu est de reproduire, pour l'Internet et le large bande en Afrique, le miracle du mobile. Car s'il est vrai que nous avons beaucoup progressé, il nous reste encore beaucoup à faire, en particulier en ce qui concerne le large bande.
 
Mais l'Internet est-il à ce point important alors que nous devons encore beaucoup progresser dans d'autres domaines, qu'il s'agisse des soins de santé, de l'éducation, du logement, ou bien encore de l'accès à une alimentation suffisante à un prix abordable et à l'eau potable?
 
La réponse est oui!
 
Mesdames et Messieurs,
 
Il n'est pas exagéré de dire que l'Internet - et en particulier le large bande - représente peut être la plus grande chance de progrès économique et social pour ce grand continent qui est le nôtre.
 
L'Internet nous permettra d'avoir des soins de santé plus efficaces et sera synonyme de meilleur enseignement, d'environnement durable, de services de transport plus efficaces et d'approvisionnement énergétique plus intelligent et plus économique.
 
Il nous apportera en outre toute une gamme de nouvelles applications et de nouveaux services, par exemple, les services bancaires mobiles qui déjà se sont révélés être révolutionnaires en Afrique, en particulier au Kenya.
 
Deux choses toutefois doivent changer si nous voulons que le monde en ligne devienne une réalité pour tous les Africains.
 
Premièrement, les gouvernements doivent faire du large bande la priorité de leur programme de développement afin d'accélérer le déploiement des réseaux large bande et de faire en sorte que le plus grand nombre bénéficie de leurs avantages.
 
C'est pourquoi l'UIT, en collaboration avec l'UNESCO, a créé l'année dernière la Commission "Le large bande au service du développement numérique". Nous avons su porter cette problématique au plus haut niveau politique, y compris lors du Sommet de 2010 sur les OMD qui s'est tenu à New York en septembre dernier.
 
Coprésidée par le Président du Rwanda, Paul Kagame et par Carlos Slim, Président d'honneur à vie du Grupo Carso, la Commission compte près de 50 membres éminents représentant le secteur public et le secteur privé.
 
Deuxièmement, nous devons faire en sorte que l'accès à l'Internet - et en particulier l'accès large bande - soit financièrement beaucoup plus abordable qu'il ne l'est aujourd'hui.
 
Je suis par nature optimiste et nous avons des raisons d'être optimistes puisque l'accès large bande devient en fait, année après année, de plus en plus abordable, même s'il reste encore beaucoup à faire, en particulier ici en Afrique.
 
L'accessibilité tant physique que financière est favorisée par une augmentation constante de la capacité, elle-même stimulée par un environnement qui s'est récemment ouvert à la concurrence.
 
Ici, au Burundi, j'ai l'honneur de pouvoir dire que l'UIT oeuvre très activement au renforcement de l'accès large bande, tout particulièrement grâce au projet de réseau hertzien large bande mené par l'Union et la fondation Craig et Susan McCaw.
 
Parce qu'il contribue à accroître la connectivité hertzienne large bande et à développer les applications TIC, ce projet permettra de connecter, gratuitement ou à faible coût, écoles et hôpitaux et de desservir les populations qui ne le sont pas encore suffisamment dans les zones rurales ou isolées du Burundi.
 
Ce réseau est déjà opérationnel, et nous nous concentrons aujourd'hui sur son optimisation ainsi que sur la fourniture des ordinateurs et des équipements de réseau local dont les écoles et les hôpitaux ont besoin. Nous avons également dispensé des formations sur le terrain destinées aux experts locaux.
 
Chers collègues,
 
Il ne s'agit là que de l'un des nombreux projets auxquels l'UIT a participé activement au Burundi ces dernières années.
 
Nous avons collaboré étroitement avec vous pour rétablir votre réseau de télécommunication détruit par des années de guerre et nous avons répondu présents pour vous aider à créer votre ministère des TIC et à élaborer votre stratégie sectorielle des TIC. Nous avons également assuré une assistance technique dans le domaine de la gestion du spectre et nous avons pris part à de nombreux programmes de formation et de renforcement des capacités.
 
Le Burundi profite également d'autres activités menées sur aux niveaux local et régional par l'UIT afin de contribuer à accroître la connectivité et renforcer les compétences en Afrique; avant de conclure, je souhaiterais d'ailleurs revenir sur certaines d'entre elles car elles sont autant de preuves de l'importance des partenariats public-privé et/ou multi-parties prenantes.
 
Je souhaiterais tout d'abord vous présenter les progrès accomplis depuis le Sommet Connecter l'Afrique organisé par l'UIT à Kigali, au Rwanda, en 2007. C'est un honneur pour moi d'annoncer qu'au cours des deux années qui ont suivi le Sommet, c'est-à-dire 2008 et 2009, pas moins de 21 milliards USD ont été investis dans l'infrastructure des TIC en Afrique. Aujourd'hui, nous ne doutons pas qu'au total, le montant final, sur sept ans, dépassera les 70 milliards USD - soit 15 milliards USD de plus que le montant initialement promis.
 
Je souhaiterais citer brièvement, parmi d'autres initiatives de l'UIT, le projet UIT/CE d'harmonisation HIPSSA, le projet Connecter une école, connecter une communauté, et l'Académie de l'UIT.
 
La première de ces initiatives est le projet d'appui à l'harmonisation des politiques en matière de TIC en Afrique subsaharienne mené par l'UIT et la Commission européenne, connu sous le nom de projet HIPSSA.
 
Nous avons adopté une liste commune de priorités articulées autour de huit grands thèmes: octroi de licences, service et accès universels, gestion transfrontalière des fréquences, gestion du numérotage, interconnexion, cybersécurité, passage de la radiodiffusion analogique à la radiodiffusion numérique et collecte de statistiques.
 
En intégrant toutes les initiatives sous-régionales passées et actuelles, ainsi que d'autres programmes de l'Union européenne et d'organisations internationales, nous renforçons considérablement notre efficacité et évitons les doubles emplois.
 
S'agissant du Burundi en particulier, nous avons fourni un appui aux Etats Membres de la CEEAC - au nombre desquels figure le Burundi - afin d'élaborer une série de lois-types sur les priorités que je viens de citer.
 
Un état des lieux dans les Etats Membres de la CEEAC a été réalisé et un projet de législation-type a été élaboré. Les documents correspondants ont été transmis aux coordonnateurs nationaux qui ont formulé des remarques préliminaires, puis ont été examinés en vue de leur validation à l'occasion d'un atelier qui s'est déroulé pas plus tard que la semaine dernière à Libreville, au Gabon, en présence de représentants du Burundi. La prochaine étape consistera à présenter ces documents à la prochaine réunion ministérielle de la CEEAC.
 
En parallèle, nous venons de lancer une nouvelle activité qui s'adresse aux 43 pays composant l'Afrique subsaharienne et dont l'objet est de renforcer la coordination des fréquences dans les zones frontalières. C'est la première fois qu'est mise en oeuvre une activité d'une telle envergure et d'une telle importance pour l'Afrique, où tant de villes sont situées à proximité d'une frontière.
 
Par ailleurs, nous allons démarrer très prochainement une nouvelle activité qui consistera tout d'abord à dresser un état des lieux en ce qui concerne la modélisation des coûts puis, dans un deuxième temps, à proposer des formations régionales afin de mettre à profit les informations ainsi obtenues.
 
Un autre projet phare dont l'UIT peut, je crois, être fière à juste titre, est le projet Connecter une école, connecter une communauté.
 
Les TIC offrent des possibilités, jusqu'alors inégalées, d'accélérer le développement socio-économique, si bien que les communautés qui n'ont accès ni à ces technologies ni au savoir-faire courent le risque de se trouver davantage marginalisées.
 
Dans le cadre de son projet Connecter une école, Connecter une communauté, l'UIT collabore avec divers partenaires pour définir et rassembler de bonnes pratiques sur les politiques, la réglementation, les applications et les services - ainsi que des expériences concrètes qui seront mises en commun avec les pays intéressés, par l'intermédiaire de l'élaboration d'un Kit pratique en ligne et d'activités correspondantes de renforcement des capacités.
 
Nous espérons que ce projet servira à établir un "guichet unique", qui permettra de centraliser systématiquement toutes les bonnes pratiques et de traiter dans leur globalité tous les aspects interdépendants de l'écosystème de la connectivité en milieu scolaire.
 
Enfin et surtout, nous devons citer l'Académie de l'UIT, car il faut toujours nous souvenir que sans les compétences qui permettent de les utiliser, les TIC ne sont guère utiles à quiconque.
 
La plus grande ressource gratuite dont nous disposons - l'intelligence humaine - doit être canalisée et polarisée dans la bonne direction.
 
C'est pourquoi nous avons créé l'Académie de l'UIT, afin de rationaliser nos nombreux efforts de renforcement des capacités dans le secteur des TIC et des télécommunications.
 
Dans le cadre de cette Académie, nous offrons une formation dans divers domaines en rapport avec les TIC: accès hertzien large bande, cybersécurité, ouverture à la concurrence et réglementation des prix, TVIP et télévision mobile, stratégies nationales dans le secteur des TIC, réseaux de prochaine génération, réforme de la réglementation et gestion du spectre, pour n'en citer que quelques-uns.
 
Cette initiative est soutenue par plusieurs partenaires de premier plan dans le domaine de la formation, dont les Centres d'excellence et les Centres de formation à l'Internet créés par l'UIT - qui contribuent pour beaucoup à dispenser un enseignement et une formation ainsi qu'à diffuser des informations.
 
On compte aujourd'hui plus de 60 Centres d'excellence de l'UIT répartis dans le monde entier, dont les programmes ont permis d'offrir l'année dernière une formation directe à plus de 2 000 personnes.
 
Le Bureau de développement des télécommunications de l'UIT a, à ce jour, aidé à la création de 77 Centres de formation à l'Internet dans 62 pays, centres qui, à eux tous, ont formé plus de 8 000 étudiants et où 2 000 autres élèves suivent actuellement une formation.
 
Mesdames et Messieurs,
 
Je souhaiterais conclure en vous rappelant que cette année, à Genève, nous célèbrerons le 40ème anniversaire de ITU Telecom. Cette manifestation réunira des dirigeants de très haut niveau venus du monde entier et des hauts responsables parmi les acteurs les plus influents du secteur des TIC.
 
Je vous invite donc à noter d'ores et déjà les dates dans vos agendas - du 24 au 27 octobre - et à vous rendre à Genève pour participer aux débats et discussions qui contribueront à déterminer l'avenir de notre secteur.
 
Je vous remercie