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Discours du Secrétaire général de l'UIT, Dr Hamadoun I. Touré

Forum régional sur la gouvernance de l'Internet

10 avril 2011, Nouméa, Nouvelle Calédonie


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Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un grand plaisir et un grand honneur de me trouver aujourd'hui parmi vous à Nouméa pour prononcer l'allocution de clôture du Forum régional sur la gouvernance de l'Internet dans les pays du Pacifique.

La séance de clôture de cette réunion régionale est pour nous l'occasion de rappeler les origines de ce Forum, fruit du Sommet mondial sur la société de l'information ou SMSI.

Le SMSI, organisé par l'UIT, s'est tenu en deux phases: à Genève en 2003 et à Tunis en 2005. Ce fut le débat le plus vaste, le plus complet et le plus exhaustif jamais organisé sur l'avenir de la société de l'information. Pour la première fois, pouvoirs publics, secteur privé, organisations intergouvernementales et représentants de la société civile collaboraient dans l'intérêt de tous.

Dès le début et tout au long du processus du SMSI, l'UIT a demandé aux parties prenantes dans le monde entier de lui fournir des contributions, et au stade de la phase de Tunis, un consensus mondial s'était déjà dégagé sur les principes régissant les débats de politique générale en cours.

A la clôture de ce Sommet, en novembre 2005, nous avons annoncé un accord décisif sur la gouvernance de l'Internet, reconnaissant la nécessité de renforcer la coopération internationale dans ce domaine. Nous avons aussi insisté sur l'importance du renforcement de la coopération dans l'élaboration de principes universellement applicables à la gestion des ressources Internet essentielles.

Le FGI a donc été créé conformément aux dispositions du paragraphe 72 de l'Agenda de Tunis, afin d'ouvrir la voie aux discussions sur plusieurs questions, dont des questions de politique publique relatives aux principaux éléments de la gouvernance de l'Internet afin de contribuer à la viabilité, à la robustesse, à la sécurité, à la stabilité et au développement de l'Internet.

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de réaffirmer l'engagement de l'UIT en faveur du processus du SMSI - et de vous inviter à vous joindre à nous, au Forum 2011 du SMSI, qui se tiendra à Genève à la mi-mai.

Ce n'est là qu'un exemple de notre détermination sans faille, depuis 2005, à mettre en pratique les engagements pris dans le cadre du SMSI, sur la forme comme sur le fond.

Un autre exemple éloquent est celui du problème de l'accessibilité, qui a été mis en avant par le SMSI.

Pour atteindre son objectif - qui est de donner à chacun accès aux moyens de communication, dans des conditions équitables - l'UIT, par l'intermédiaire de son Bureau de la normalisation des télécommunications et de son Bureau de développement des télécommunications, axe ses efforts sur plusieurs questions stratégiques englobant aussi bien les droits des personnes handicapées que l'accessibilité des normes techniques, ou encore l'éducation et la formation à l'utilisation de TIC accessibles.

Autre exemple très important: le plus grand défi auquel l'humanité est confrontée aujourd'hui. Je veux parler, bien sûr, des changements climatiques. A cet égard, il est évident que les TIC peuvent contribuer pour beaucoup à résoudre le problème. En effet, si elles sont à l'origine de 2 à 3% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, elles peuvent aussi aider à réduire de 15% les émissions d'autres secteurs.

Comme souvent, on constate donc que les TIC font partie de la solution, et non du problème. C'est pourquoi l'UIT a un rôle déterminant à jouer:

Dans le cadre de son Bureau de la normalisation des télécommunications, par l'élaboration de normes applicables à des équipements TIC économes en énergie, en particulier dans le cadre de la Commission d'études 5 (CE5) de l'UIT-T, qui travaille sur l'environnement et les changements climatiques et s'emploie à mettre au point une série de méthodes pour évaluer les répercussions des TIC sur l'environnement. Elle travaille notamment à élaborer une méthode globale dont les entreprises du secteur des TIC pourraient se servir pour mesurer leur empreinte carbone, ainsi que pour estimer le montant des économies d'émissions de gaz à effet de serre et d'énergie qui pourraient être réalisées dans d'autres secteurs, grâce à l'utilisation des TIC.

Dans le cadre de son Secteur des radiocommunications qui, avec l'appui du Bureau des radiocommunications, identifie et protège les fréquences radioélectriques nécessaires aux systèmes de surveillance du climat et de prévision et de détection des catastrophes, ainsi qu'aux secours en cas de catastrophe. Ces activités impliquent une étroite coopération avec l'Organisation météorologique mondiale dans le domaine des applications de télédétection.

Enfin, dans le cadre de son Bureau de développement des télécommunications, qui continue à aider les pays en développement à atténuer les effets des changements climatiques, entre autres par l'utilisation des télécommunications d'urgence et des systèmes d'alerte pour les secours en cas de catastrophe.

Chers collègues,

La cybersécurité est une autre des grandes préoccupations mises en avant par le SMSI.

Notre réponse concrète à la grande orientation C5 du SMSI, qui a été confiée à l'UIT, a été la création, en mai 2007, du Programme mondial cybersécurité - cadre de coopération internationale visant à renforcer la confiance et la sécurité du public dans l'utilisation des TIC.

Ce Programme en est maintenant à sa phase opérationnelle et plusieurs initiatives ont été mises en œuvre dans le monde, par exemple le partenariat IMPACT et l'initiative pour la protection en ligne des enfants.

L'UIT est fière d'avoir noué des liens solides et mutuellement bénéfiques avec IMPACT - Partenariat multilatéral international contre les cybermenaces.

Première alliance globale internationale contre les cybermenaces, IMPACT rassemble des représentants des secteurs public et privé ainsi que des spécialistes universitaires, qui renforcent les capacités de la communauté internationale.

IMPACT est la principale organisation chargée d'exécuter concrètement le programme de l'UIT en matière de cybersécurité. Ce partenariat donne aux 192 Etats Membres de l'Union accès aux connaissances spécialisées, moyens et ressources nécessaires pour lutter efficacement contre les cybermenaces et aide les institutions des Nations Unies à protéger leurs infrastructures TIC.

Près de 90 pays participent aujourd'hui au déploiement opérationnel du programme ITU IMPACT, qui aide les Etats Membres à améliorer leur système de cybersécurité, dans le cadre d'activités et de projets visant par exemple:

à faciliter l'accès gratuit au Centre d'alerte mondial (GRC), qui constitue le système le plus avancé en matière de cybersécurité pour la communauté mondiale. Je suis fier d'annoncer que 90 pays utilisent actuellement ce système;

à faciliter la mise en place d'Equipes nationales d'intervention en cas d'incident informatique (CIRT), en procédant à des évaluations sur place et en élaborant des stratégies de mise en oeuvre. A ce jour, 21 pays ont fait l'objet d'évaluations et nous allons désormais passer à la phase de mise en oeuvre, qui prévoit notamment d'apporter un appui à la communauté des Etats du Pacifique pour la création de l'Equipe CIRT pour le Pacifique;

à fournir une assistance aux institutions de l'ONU qui en font la demande, en vue de les aider à améliorer la sécurité de leurs infrastructures TIC ainsi que les services qu'ils offrent à leurs membres. Des évaluations et des tests de pénétration ont été effectués pour plusieurs institutions spécialisées de l'ONU et une coordination est actuellement assurée, afin d'offrir des solutions et des moyens en matière de cybersécurité.

Je tiens également à souligner les activités que mène actuellement l'Union dans le domaine de la lutte contre la cybercriminalité dans la région du Pacifique, dans le cadre du projet ICB4PAC mis en oeuvre par l'UIT/la Commission européenne, qui couvre 15 pays de la région.

Des évaluations relatives aux législations nationales ont été effectuées, en vue de recueillir des données sur les besoins aux niveau national et régional et ont été présentées à l'occasion d'un atelier qui a eu lieu au Vanuatu il y a quelques semaines.

Les pays concernés ont demandé à l'UIT de poursuivre cette tâche et de les aider à faciliter l'élaboration d'une législation dans le domaine de la cybercriminalité, en tenant compte des besoins tant nationaux que régionaux.

Mesdames et Messieurs,

L'initiative pour la protection en ligne des enfants (COP) constitue une autre activité essentielle dans le cadre du programme GCA.

En marge de cette approche concertée à l'échelle mondiale en matière de cybersécurité, nous devons aussi reconnaître que les enfants et les jeunes sont exposés à de réels dangers lorsqu'ils utilisent l'Internet, puisque bien souvent, ils se retrouvent seuls et sans protection dans le cyberespace, tout simplement parce que les parents et les éducateurs n'ont pas pleinement conscience des risques encourus.

C'est la raison pour laquelle nous vous avons lancé, à l'occasion du Segment de haut niveau tenu lors de la session de 2008 du conseil de l'UIT, l'initiative COP qui fait intervenir plusieurs parties prenantes dans le cadre du Programme GCA. L'Initiative COP a été entérinée par des chefs d'Etat, des ministres et des chefs de secrétariat d'organisations internationales du monde entier, notamment par Ban Ki-moon, Secrétaire général de L'ONU.

Depuis lors, l'UIT a mis en place un réseau international de collaboration visant à encourager la protection en ligne des enfants du monde entier. Grâce à une collaboration étroite avec les partenaires de l'initiative COP, nous avons élaboré et publié quatre séries de directives à l'intention des décideurs, des professionnels, des parents et des éducateurs, ainsi qu'à l'usage des enfants eux mêmes.

Fin 2010, nous avons également publié un Cadre et des indicateurs statistique s sur la protection en ligne des enfants, qui constitue la première tentative à l'échelle mondiale visant à fournir un cadre statistique d'ensemble sur la mesure de l'initiative COP, l'accent étant mis en particulier sur les mesures qui se prêtent à des comparaisons au niveau international.

Placée sous le haut patronage de Mme Laura Chinchilla, Présidente du Costa Rica, l'initiative COP s'emploie aujourd'hui à transformer les directives COP en activités concrètes destinées à offrir des avantages non négligeables au niveau national.

Chers collègues,

Fin 2012, à la demande de nos membres, l'UIT organisera la Conférence mondiale des télécommunications internationales (CMTI).

Cette conférence étudiera les modalités de révision du Règlement des télécommunications internationales (RTI) actuellement en vigueur, qui a été adopté en 1988. Bien que ce texte nous ait été très utile, il est généralement admis qu'il faut le modifier pour tenir compte des profondes mutations qui ont eu lieu au cours des 24 dernières années.

Au nombre de ces mutations, citons en particulier la libéralisation et la privatisation d'une grande partie du secteur des télécommunications, ainsi que la convergence croissante des technologies et des services, qui font que la distinction traditionnelle entre télécommunications et informatique n'a parfois plus lieu d'être.

La sécurité dans l'utilisation des TIC et le spam, questions de plus en plus préoccupantes dans le monde moderne d'aujourd'hui, figureront également parmi les thèmes de discussion de la CMTI.

Mesdames et Messieurs,

Pour conclure, permettez-moi de redire que l'UIT a participé et continuera de participer activement au processus du FGI

Nous avons par le passé joué un rôle de premier plan en organisant des manifestations, et notamment des ateliers, des forums ouverts et des coalitions dynamiques axés sur des questions aussi diverses que les ressources essentielles de l'Internet, la cybersécurité, l'accessibilité et les changements climatiques.

Nous avons également mis à disposition des fonds afin de financer la participation d'experts de pays en développement, grâce à un don généreux du gouvernement canadien.

L'UIT reste déterminée à collaborer avec toutes les parties prenantes et est heureuse de pouvoir offrir un lieu privilégié de discussion ouverte sur ces questions.

Je vous remercie.