| L'AFRIQUE
ENTRE DANS L'ÈRE DE L'INTERNET
Préparé par: Tim
Kelly
UIT
kelly@itu.int
Depuis mars 2000, l'Erythrée est
reliée à l'Internet. Grâce à des fonds de l'Initiative Leland
d'USAID, l'opérateur de télécommunications publiques érythréen,
TSE, a mis en place une passerelle internationale, offrant
aux quelque 300 utilisateurs de l'Internet par l'intermédiaire du
réseau commuté la possibilité de se connecter par satellite.
C'est un événement important dans la mesure où les 54 pays et
territoires d'Afrique ont désormais un accès direct à
l'Internet (à noter que le Libéria a provisoirement perdu sa
connexion). Auparavant, des pays comme l'Erythrée ne bénéficiaient
que d'un service d'enre-gistrement et de retransmission différée
du courrier électronique ou accédaient à l'Internet par le
biais de connexions téléphoniques internationales coûteuses.
54 pays et territoires
d'Afrique ont désormais un accès direct à l'Internet
Photo: A. de Ferron (UIT
990116)
L'arrivée de l'Erythrée sur
l'Internet n'a sans doute pas eu d'effet perceptible sur la valeur
en bourse des sociétés communément appelées «dot.com» qui
tirent profit du battage fait autour de l'Internet. Le trafic
supplémentaire généré par les 29 kbit/s de largeur de bande
actuellement disponible n'a pas eu non plus une grande incidence
sur les milliers de gigaoctets transportés toutes les secondes
sur l'Internet à travers le monde. Néanmoins, l'entrée de
l'Erythrée fait de l'Internet un club un peu moins fermé. Les
expatriés érythréens utilisent le Web depuis longtemps pour échanger
des informations sur leur pays. Aujourd'hui, ils ont également la
possibilité d'établir des liaisons avec les sites Web des
organisations du pays. Les citoyens érythréens ont désormais également
accès au milliard et quelque de pages Web créées dans le monde
entier au cours des dix dernières années.
Toutefois, l'écart qui existe
entre l'Afrique et le reste du monde en ce qui concerne la
connectivité à l'Internet demeure énorme (voir la figure 1).
Les quelque 600 000 Africains utilisateurs de l'Internet représentent
environ 0,4% du nombre total d'utilisateurs au monde, alors que
les 760 millions d'Africains représentent presque 13% de la
population mondiale. En outre, le taux de croissance des serveurs
Internet en Afrique, de près de 73% par an ces cinq dernières
années, s'il demeure impressionnant, est néanmoins bien inférieur
au taux enregistré en Amérique latine ou dans la région
Asie-Pacifique.
Même au sein de l'Afrique, des
disparités demeurent. Presque 90% des Africains utilisant
l'Internet vivent en République sudafricaine. Les Sud-Africains bénéficient
de loin de la meilleure connectivité sur le continent, ainsi que
des prix les plus bas, les tarifs mensuels ordinaires d'accès à
l'Internet par le réseau commuté étant de 10 USD.
On note cependant des signes de
croissance dans d'autres pays. L'UIT entreprend une série d'études
sur la diffusion de l'Internet, analysant la croissance de
l'Internet dans différents pays du monde et identifiant les
obstacles qui pourraient ralentir sa croissance constante.
L'Ouganda a été l'un des pays choisis pour la première série
d'études. Etant l'un des marchés d'Afrique les plus ouverts à
la concurrence et l'un des premiers pays où le nombre d'abonnés
à la téléphonie mobile a dépassé celui des usagers de la téléphonie
fixe (voir la figure 2), l'Ouganda est en passe de devenir un
laboratoire unique pour le développement de l'Internet mobile. Déjà,
le principal moyen d'accès à l'Internet utilisé par les
entreprises est l'accès hertzien, tandis que l'accès par des
services de transmission de données GSM est courant. Si l'on
tient compte à la fois des opérateurs de systèmes cellulaires
qui sont en position d'accéder au marché et de l'opérateur
historique nouvellement privatisé, UTL, qui projette de
lancer un troisième service mobile, les télécommunications
mobiles risquent fort de devenir la principale forme d'accès à
l'Internet au cours des cinq prochaines années.
Figure 1 — L'Internet en
Afrique (répartition des serveurs par région, janvier 1999, et
nombre de serveurs Internet en Afrique, 1994-1999)
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* A partir de 1998,
on a modifié la méthode utilisée pour attribuer aux
pays une part des serveurs en fonction des domaines de
premier niveau générique (par exemple com), sur la base
des enregistrements .com. Il y a par conséquent une
rupture dans la série entre 1997 et 1998. On compte
environ quatre utilisateurs de l'Internet pour chaque
serveur.
Source: UIT «Quels
enjeux pour le réseau? Internet et développement 1999»,
consultable à l'adresse suivante: http://www.itu.int/ti/publications/INET-99/index.htm.
Internet Software Consortium: http://www.isc.org.
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Le marché de l'Internet est déjà
très dynamique en Ouganda, avec deux principaux fournisseurs de
service Internet, deux fournisseurs moins importants et quatre
autres organismes détenteurs d'une licence, mais qui ne
fournissent pas encore de service. En mars 2000, Africa Online,
le plus gros fournisseur de service Internet sur le continent,
hormis la République sudafricaine, a fait part de son intention
d'entrer sur le marché ougandais en prenant le contrôle du deuxième
fournisseur d'accès, Swift Global. Cela devrait se
traduire par une concurrence accrue des prix. Le coût mensuel
moyen de l'accès à l'Internet est d'environ 50 USD, sans tenir
compte du coût des communications téléphoniques. Si ce chiffre
pouvait être réduit pour se rapprocher de la moyenne mondiale,
qui se situe entre 10 et 20 dollars, le marché ougandais pourrait
alors connaître un essor analogue à celui que connaît
actuellement le secteur des télécommunications mobiles.
Ensemble, les quatre fournisseurs
de service Internet en activité comptaient quelque 4100 comptes
au début de 2000, ce qui correspond pro-bablement à environ 25
000 utilisateurs (voir la figure 2). Rares sont les Ougandais qui
utilisent l'Internet à domicile. Les principaux groupes
d'utilisateurs sont les entreprises, les universités et les
organisations non gouvernementales qui travaillent dans le pays et
dont la plupart se trouvent à Kampala. Il n'existe pas de points
de contact dans les autres régions du pays, ce qui signifie que
les utilisateurs qui n'habitent pas la capitale doivent se con
necter à l'Internet par le réseau commuté, ce qui revient très
cher. Ainsi, dans certaines des régions les plus reculées du
pays, l'accès au courrier électronique se fait par
radiocommuni-cation en ondes décamétriques, avec un débit de
transmission très lent.
L'une des raisons pour lesquelles
l'Internet s'est développé rapidement en Ouganda est que le
gouvernement a libéralisé le marché de la transmission des données
par VSAT (microstation). Les VSAT sont utilisées par les
fournisseurs de service Internet pour se raccorder aux points d'échange
Internet des autres pays, puisqu'il n'existe pas de points de
raccordement en Ouganda. Grâce aux VSAT, les fournisseurs de
service Internet ne dépendent plus uniquement des services coûteux
de communications internationales par lignes louées fournis par
UTL, lequel est d'ailleurs en passe d'accéder au marché des
fournisseurs de service Internet. Dans d'autres pays africains,
qui n'ont pas encore libéralisé l'accès à la connectivité
internationale, les prix élevés pratiqués par les opé-rateurs
historiques constituent un obstacle majeur à l'expansion du marché.
L'expérience ougandaise sera
relatée au Sommet africain de l'Internet et des télécommunications*,
qui se tiendra à Banjul (Gambie) du 5 au 9 juin 2000. Cette
manifestation, qui se déroulera en anglais et en français, est
organisée conjointement par l'UIT et la Commonwealth
Telecommunication Organization. Elle réunira des décideurs,
des responsables de la réglementation, des fournisseurs de
service Internet et des opérateurs de télécommunications
publiques de tout le continent qui discuteront des moyens
d'augmenter les possibilités d'accès à l'Internet en Afrique.
En outre, des organisations internationales et des organismes de
financement y participeront également pour partager les
informations concernant les nombreuses initiatives diverses
actuellement entreprises sur tout le continent. L'objectif visé
consiste à faire en sorte qu'à l'heure où toute l'Afrique est
reliée au réseau Internet, un plus grand nombre de ses habitants
puissent participer à la «nouvelle économie» engendrée par
l'Internet et puissent utiliser l'Internet pour réduire «l'écart
numérique», qui depuis trop longtemps sépare l'Afrique du reste
du monde. Ce n'est assurément pas là un objectif trop ambitieux
pour débuter un nouveau millénaire!
Figure 2 — Utilisateurs
de l'Internet en Ouganda (nombre d'abonnés aux services de
communication et estimation du nombre d'utilisateurs de l'Internet,
1994-1999, et classement des utilisateurs de l'Internet, mars
1999)
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Note:
Les données concernant les abonnés à la téléphonie
fixe et les abonnés à la téléphonie mobile ont été
fournies par les opérateurs. Les données concernant les
utilisateurs de l'Internet ont été estimées par l'UIT
à partir du nombre de comptes déclarés par les
fournisseurs de service Internet.
Source: Graphique
de gauche: estimations de l'UIT. Graphique de droite:
Charles Musisi (Network Start-up Resource Center).
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