THE AFRICAN
INTERNET & TELECOM SUMMIT
Banjul, The Gambia
5-9 June 2000

L'AFRIQUE ENTRE DANS L'ÈRE DE L'INTERNET

Préparé par: Tim Kelly
UIT
kelly@itu.int


Depuis mars 2000, l'Erythrée est reliée à l'Internet. Grâce à des fonds de l'Initiative Leland d'USAID, l'opérateur de télécommunications publiques érythréen, TSE, a mis en place une passerelle internationale, offrant aux quelque 300 utilisateurs de l'Internet par l'intermédiaire du réseau commuté la possibilité de se connecter par satellite. C'est un événement important dans la mesure où les 54 pays et territoires d'Afrique ont désormais un accès direct à l'Internet (à noter que le Libéria a provisoirement perdu sa connexion). Auparavant, des pays comme l'Erythrée ne bénéficiaient que d'un service d'enre-gistrement et de retransmission différée du courrier électronique ou accédaient à l'Internet par le biais de connexions téléphoniques internationales coûteuses.

54 pays et territoires d'Afrique ont désormais un accès direct à l'Internet
Photo: A. de Ferron (UIT 990116) 

 

L'arrivée de l'Erythrée sur l'Internet n'a sans doute pas eu d'effet perceptible sur la valeur en bourse des sociétés communément appelées «dot.com» qui tirent profit du battage fait autour de l'Internet. Le trafic supplémentaire généré par les 29 kbit/s de largeur de bande actuellement disponible n'a pas eu non plus une grande incidence sur les milliers de gigaoctets transportés toutes les secondes sur l'Internet à travers le monde. Néanmoins, l'entrée de l'Erythrée fait de l'Internet un club un peu moins fermé. Les expatriés érythréens utilisent le Web depuis longtemps pour échanger des informations sur leur pays. Aujourd'hui, ils ont également la possibilité d'établir des liaisons avec les sites Web des organisations du pays. Les citoyens érythréens ont désormais également accès au milliard et quelque de pages Web créées dans le monde entier au cours des dix dernières années.

Toutefois, l'écart qui existe entre l'Afrique et le reste du monde en ce qui concerne la connectivité à l'Internet demeure énorme (voir la figure 1). Les quelque 600 000 Africains utilisateurs de l'Internet représentent environ 0,4% du nombre total d'utilisateurs au monde, alors que les 760 millions d'Africains représentent presque 13% de la population mondiale. En outre, le taux de croissance des serveurs Internet en Afrique, de près de 73% par an ces cinq dernières années, s'il demeure impressionnant, est néanmoins bien inférieur au taux enregistré en Amérique latine ou dans la région Asie-Pacifique.

Même au sein de l'Afrique, des disparités demeurent. Presque 90% des Africains utilisant l'Internet vivent en République sudafricaine. Les Sud-Africains bénéficient de loin de la meilleure connectivité sur le continent, ainsi que des prix les plus bas, les tarifs mensuels ordinaires d'accès à l'Internet par le réseau commuté étant de 10 USD.

On note cependant des signes de croissance dans d'autres pays. L'UIT entreprend une série d'études sur la diffusion de l'Internet, analysant la croissance de l'Internet dans différents pays du monde et identifiant les obstacles qui pourraient ralentir sa croissance constante. L'Ouganda a été l'un des pays choisis pour la première série d'études. Etant l'un des marchés d'Afrique les plus ouverts à la concurrence et l'un des premiers pays où le nombre d'abonnés à la téléphonie mobile a dépassé celui des usagers de la téléphonie fixe (voir la figure 2), l'Ouganda est en passe de devenir un laboratoire unique pour le développement de l'Internet mobile. Déjà, le principal moyen d'accès à l'Internet utilisé par les entreprises est l'accès hertzien, tandis que l'accès par des services de transmission de données GSM est courant. Si l'on tient compte à la fois des opérateurs de systèmes cellulaires qui sont en position d'accéder au marché et de l'opérateur historique nouvellement privatisé, UTL, qui projette de lancer un troisième service mobile, les télécommunications mobiles risquent fort de devenir la principale forme d'accès à l'Internet au cours des cinq prochaines années.

 

Figure 1 — L'Internet en Afrique (répartition des serveurs par région, janvier 1999, et nombre de serveurs Internet en Afrique, 1994-1999) 



* A partir de 1998, on a modifié la méthode utilisée pour attribuer aux pays une part des serveurs en fonction des domaines de premier niveau générique (par exemple com), sur la base des enregistrements .com. Il y a par conséquent une rupture dans la série entre 1997 et 1998. On compte environ quatre utilisateurs de l'Internet pour chaque serveur.

Source: UIT «Quels enjeux pour le réseau? Internet et développement 1999», consultable à l'adresse suivante: http://www.itu.int/ti/publications/INET-99/index.htm. Internet Software Consortium: http://www.isc.org.

 

Le marché de l'Internet est déjà très dynamique en Ouganda, avec deux principaux fournisseurs de service Internet, deux fournisseurs moins importants et quatre autres organismes détenteurs d'une licence, mais qui ne fournissent pas encore de service. En mars 2000, Africa Online, le plus gros fournisseur de service Internet sur le continent, hormis la République sudafricaine, a fait part de son intention d'entrer sur le marché ougandais en prenant le contrôle du deuxième fournisseur d'accès, Swift Global. Cela devrait se traduire par une concurrence accrue des prix. Le coût mensuel moyen de l'accès à l'Internet est d'environ 50 USD, sans tenir compte du coût des communications téléphoniques. Si ce chiffre pouvait être réduit pour se rapprocher de la moyenne mondiale, qui se situe entre 10 et 20 dollars, le marché ougandais pourrait alors connaître un essor analogue à celui que connaît actuellement le secteur des télécommunications mobiles.

Ensemble, les quatre fournisseurs de service Internet en activité comptaient quelque 4100 comptes au début de 2000, ce qui correspond pro-bablement à environ 25 000 utilisateurs (voir la figure 2). Rares sont les Ougandais qui utilisent l'Internet à domicile. Les principaux groupes d'utilisateurs sont les entreprises, les universités et les organisations non gouvernementales qui travaillent dans le pays et dont la plupart se trouvent à Kampala. Il n'existe pas de points de contact dans les autres régions du pays, ce qui signifie que les utilisateurs qui n'habitent pas la capitale doivent se con
necter à l'Internet par le réseau commuté, ce qui revient très cher. Ainsi, dans certaines des régions les plus reculées du pays, l'accès au courrier électronique se fait par radiocommuni-cation en ondes décamétriques, avec un débit de transmission très lent.

L'une des raisons pour lesquelles l'Internet s'est développé rapidement en Ouganda est que le gouvernement a libéralisé le marché de la transmission des données par VSAT (microstation). Les VSAT sont utilisées par les fournisseurs de service Internet pour se raccorder aux points d'échange Internet des autres pays, puisqu'il n'existe pas de points de raccordement en Ouganda. Grâce aux VSAT, les fournisseurs de service Internet ne dépendent plus uniquement des services coûteux de communications internationales par lignes louées fournis par UTL, lequel est d'ailleurs en passe d'accéder au marché des fournisseurs de service Internet. Dans d'autres pays africains, qui n'ont pas encore libéralisé l'accès à la connectivité internationale, les prix élevés pratiqués par les opé-rateurs historiques constituent un obstacle majeur à l'expansion du marché.

L'expérience ougandaise sera relatée au Sommet africain de l'Internet et des télécommunications*, qui se tiendra à Banjul (Gambie) du 5 au 9 juin 2000. Cette manifestation, qui se déroulera en anglais et en français, est organisée conjointement par l'UIT et la Commonwealth Telecommunication Organization. Elle réunira des décideurs, des responsables de la réglementation, des fournisseurs de service Internet et des opérateurs de télécommunications publiques de tout le continent qui discuteront des moyens d'augmenter les possibilités d'accès à l'Internet en Afrique. En outre, des organisations internationales et des organismes de financement y participeront également pour partager les informations concernant les nombreuses initiatives diverses actuellement entreprises sur tout le continent. L'objectif visé consiste à faire en sorte qu'à l'heure où toute l'Afrique est reliée au réseau Internet, un plus grand nombre de ses habitants puissent participer à la «nouvelle économie» engendrée par l'Internet et puissent utiliser l'Internet pour réduire «l'écart numérique», qui depuis trop longtemps sépare l'Afrique du reste du monde. Ce n'est assurément pas là un objectif trop ambitieux pour débuter un nouveau millénaire!

 

Figure 2 — Utilisateurs de l'Internet en Ouganda (nombre d'abonnés aux services de communication et estimation du nombre d'utilisateurs de l'Internet, 1994-1999, et classement des utilisateurs de l'Internet, mars 1999)


Note:
Les données concernant les abonnés à la téléphonie fixe et les abonnés à la téléphonie mobile ont été fournies par les opérateurs. Les données concernant les utilisateurs de l'Internet ont été estimées par l'UIT à partir du nombre de comptes déclarés par les fournisseurs de service Internet.

Source: Graphique de gauche: estimations de l'UIT. Graphique de droite: Charles Musisi (Network Start-up Resource Center).

 

* Pour de plus amples informations en ce qui concerne le Sommet africain de l'Internet et des télécommunications, veuillez vous connecter aux sites Web de l'UIT ci-après: http://www.itu.int/africainternet2000 et http://www.itu.int/ti/casestudies/