INTERNATIONAL TELECOMMUNICATION UNION

Cérémonie d'ouverture
Allocution d'ouverture
Yoshio Utsumi 
Secrétaire général, Union internationale des télécommunications
Johannesburg, République sudafricaine – 11 novembre 2001 (17h30)
Pavillon du Sandton Convention Centre, Johannesburg.

Monsieur le Président,

Vos Excellences,

Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un grand honneur de vous accueillir à ITU T
ELECOM AFRICA 2001.

Cette journée est importante pour nous, professionnels des télécommunications, puisqu'elle est la première d'une semaine cruciale, tant pour les représentants du secteur public que pour ceux du secteur privé, semaine au cours de laquelle, nous devons continuer à définir les perspectives prometteuses des télécommunications de demain en Afrique. Nous devons également continuer à évaluer l'ampleur des progrès impressionnants réalisés depuis l'organisation, ici à Johannesburg il y a trois ans et demi, d'
AFRICA TELECOM 98, et poursuivre sur notre lancée.

Lors de la dernière édition d'A
FRICA TELECOM, on comptait sur l'ensemble du continent africain à peine deux millions d'abonnés au téléphone mobile. A la fin du mois prochain, ils seront presque trente millions, soit une fois et demie environ le nombre d'abonnés au téléphone fixe.

On peut donc dire que la manifestation que nous inaugurons aujourd'hui, ITU T
ELECOM AFRICA 2001, vise à nous permettre, non seulement de réfléchir à ce que l'avenir nous réserve, mais aussi de célébrer les succès déjà obtenus.

Grâce aux réseaux mobiles, l'abonné est affranchi des contraintes le reliant à son domicile ou à son bureau. La nouvelle voix de l'Afrique se fait entendre dans les rues, dans les boutiques, sur les plages, en voiture et dans les trains, autrement dit partout où sont les Africains.

Les compagnies qui fournissent à l'Afrique son nouveau réseau téléphonique sont, elles aussi, pour la plupart, nouvelles. Ce sont de jeunes entreprises généralement financées par des capitaux privés. Elles ont quelquefois des partenaires étrangers, mais sont rarement en mains étrangères.

Ces nouvelles compagnies africaines de téléphonie mobile remettent en cause des légendes bien ancrées, en particulier celle selon laquelle, inexplicablement, les mécanismes du marché ne fonctionneraient pas en Afrique. En outre, les nouveaux utilisateurs du mobile font mentir la théorie selon laquelle les services de télécommunication sont d'un prix inabordable pour les Africains.
L'évolution actuelle des télécommunications sur le continent amène à réviser bon nombre d'idées reçues. Il nous faut en particulier repenser certains concepts traditionnels, tels que celui du service universel, et nous fixer de nouveaux objectifs.

En 1984, il y a presque vingt ans, l'UIT publiait un rapport intitulé "Le Chaînon manquant". Il y était écrit que "d'ici le début du siècle prochain, tous les hommes devraient pouvoir accéder facilement au téléphone", ce qui signifie en fait que tous les habitants de la planète devraient pouvoir aller à pied jusqu'au téléphone le plus proche.

Grâce aux nouvelles technologies et aux nouveaux services (téléphonie mobile, communications par satellite et passage de l'analogique au numérique), nous approchons à grands pas de cet objectif. Parallèlement, les prix baissent de façon spectaculaire; il en va ainsi des coûts de mise en place des infrastructures, des coûts d'exploitation pour les opérateurs et, en dernier ressort, des tarifs acquittés par les abonnés.

Il est donc temps aujourd'hui que nous nous fixions un nouvel objectif: avant la fin de la décennie, la totalité des habitants de la planète, ou peu s'en faut, devrait pouvoir accéder facilement à un moyen moderne de télécommunication, notamment à l'Internet.

Une fois que nous aurons établi des liaisons téléphoniques, ce nouvel objectif sera plus facile à atteindre que le précédent. Donner à tout un chacun accès à la masse d'informations disponibles en ligne sera profitable à tous, et il ne s'agit pas de simple justice morale. Le passage d'une économie agricole à une économie industrielle s'est traduit par une augmentation considérable de la prospérité et par une hausse du niveau de vie dans le monde entier. Un progrès tout aussi spectaculaire sera réalisé avec le passage à une économie mondiale de l'information. Chacun doit avoir accès aux nouveaux outils pour pouvoir profiter des bienfaits de cette économie.

Le Pavillon de l'UIT illustre bien l'une des initiatives que nous avons prises en vue d'atteindre cet objectif. Lorsque vous arrivez à notre Pavillon situé dans la Halle 5, vous remarquez qu'il est radicalement différent de tout ce qui a jamais été fait auparavant à une manifestation ITU T
ELECOM, qu'elle soit mondiale ou régionale. En effet, nous avons construit au coeur du Pavillon un télécentre communautaire entièrement fonctionnel, axé sur les applications et technologies utiles aux zones rurales et entouré de stands d'exposants spécialisés dans ce domaine.

Le Pavillon de l'UIT est en quelque sorte un guichet unique où le visiteur peut voir toutes les pièces du puzzle s'assembler pour constituer un tableau. Il peut ensuite se rendre sur les stands de chaque exposant pour s'informer de façon plus précise du fonctionnement de chacune de ces pièces.
J'espère que pourra ainsi se concrétiser notre ambition visant à faire des manifestations régionales de ITU T
ELECOM une vitrine, non seulement des derniers progrès techniques dans le secteur des télécommunications, mais également des technologies et des applications adaptées aux zones rurales.

Une autre facette très importante de ITU T
ELECOM AFRICA 2001 est le Forum. Celui-ci, qui ouvre ses portes demain matin, doit rassembler quelque 250 orateurs, modérateurs et intervenants de plus de 30 pays. Le Forum nous offre l'occasion de contribuer à définir l'avenir du secteur, tâche dont nous devons nous acquitter avec le plus grand soin. Si les télécommunications peuvent aider à transformer et améliorer la vie de l'ensemble de l'humanité, leur absence ne peut avoir qu'un effet négatif.

Les télécommunications ne relèvent pas seulement de l'entreprise commerciale, elles ne sont pas une simple marchandise comme une autre qui peut être achetée ou vendue. Elles relèvent aussi du service public, ce que l'on a quelquefois tendance à oublier dans notre monde caractérisé par l'instabilité des marchés boursiers et par les relations d'interdépendance.

Les services de télécommunication sont le fondement de l'économie non seulement sur le plan mondial, mais également au niveau local. Nos vies à tous sont tributaires de ces services. L'accès aux moyens de communication est pour tous une nécessité vitale, qu'il s'agisse de la plus grande des compagnies ou de la plus petite ferme située à des dizaines de kilomètres du voisin le plus proche.

En fait, au XXIe siècle, toute vie sociale et économique passe par l'accès aux services de communication, élément indispensable de notre héritage culturel et de notre existence personnelle. Ceux qui se connectent à l'Internet voient s'ouvrir devant eux tout un univers d'informations et de connaissances, tandis que ceux qui n'ont pas cette possibilité sont, en quelque sorte, laissés pour compte.

Il appartient aux pouvoirs publics et aux régulateurs de mettre ces services à la portée de tous. Mais c'est à nous tous, représentants du secteur privé et du secteur public, de faire en sorte que ces services soient accessibles à un prix raisonnable et qu'ils soient, de même que les technologies, abordables pour toutes les couches sociales.

C'est pourquoi l'UIT joue un rôle de premier plan dans l'organisation du Sommet mondial sur la Société de l'information qui aura lieu à Genève en 2003 et à Tunis en 2005.

Ce Sommet a pour objectif d'élaborer une vision et une interprétation communes de la Société de l'information et d'établir un plan d'action stratégique pour un développement concerté, afin que cette vision trouve une traduction concrète. Il offrira également une occasion exceptionnelle de rassembler les membres de la communauté mondiale pour essayer de mieux comprendre cette révolution et ses incidences.

La première phase de ce Sommet aura lieu à Genève, sous l'égide du Gouvernement de la Suisse, en décembre 2003. Les participants débattront de tous les thèmes liés à la Société de l'information et cette rencontre sera pour nous une occasion exceptionnelle d'analyser les problèmes au plus haut niveau et d'adopter une Déclaration de principe et un plan d'action connexe.

La deuxième phase aura lieu à Tunis en 2005, à l'invitation du Gouvernement de la Tunisie. Je suis particulièrement heureux que ce pays ait offert d'accueillir cette rencontre, qui sera la première de sa catégorie à se tenir sur le continent africain. Comme nous le savons tous, les technologies de l'information et de la communication ont ceci d'exceptionnel qu'elles permettent aux pays en développement de brûler les étapes et de rattraper les pays industrialisés.

La deuxième phase du Sommet en 2005 mettra l'accent sur les questions de développement, et cette rencontre devrait donc constituer un tournant dans l'évolution des technologies de l'information et de la communication sur le plan mondial.

Je vous invite donc tous à nous aider à faire de ce Sommet mondial un véritable vecteur du changement et à mettre les moyens modernes de communication à la portée de tous les habitants de la planète.

Parvenir à l'accès universel, non seulement à la téléphonie de base, mais également à l'Internet, n'a rien d'une utopie. Cette semaine, en République sudafricaine, oeuvrons de concert pour que le tout-numérique devienne réalité et engageons-nous à déployer tous nos efforts en ce sens.

Je vous remercie de votre attention.